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« Les startuppers peuvent faire gagner du temps et de l’efficacité aux grands groupes »

Whyers met en relation des créateurs de start-up avec des grands groupes dans le cadre de projets innovants. Rencontre avec son cofondateur, Julien Masson.

Créé en juillet 2014, Whyers propose aux grands groupes un accompagnement dans leurs projets grâce à l’aide de créateurs de start-up. Les deux parties collaborent ensemble afin d’élaborer de nouveaux produits ou de nouvelles offres. Julien Masson, cofondateur de Whyers, répond aux questions de Business & Marchés.

Julien Masson, cofondateur de Whyers

Pourriez-vous nous présenter Whyers?

Whyers, c’est un peu le meilleur du « jus de cerveau » des startuppers  : on combine le savoir-faire en création d’entreprise avec la demande des grands groupes, qui veulent « startuppiser » leur business. La R&D telle qu’elle est conçue en cercle fermée va toujours avoir lieu, pour des innovations « secrètes », mais va avoir tendance à s’ouvrir, avec des directions de l’open-innovation, même si c’est encore embryonnaire. Les grands groupes s’interrogent sur la façon de faire face à la révolution numérique de leurs business models. Cela va tellement vite, que les méthodes non-agiles, en cascade, ne fonctionnent plus, et qu’il y a un manque de compétences : on n’a pas encore fini de parler de big data qu’on parle déjà d’intelligence artificielle (machine learning) De mon expérience dans un grand groupe, j’ai pu dégager une problématique-clef : comment arrive-t-on à passer rapidement à l’action pour saisir une opportunité comme le font les start-up, et comment arrive-t-on à pérenniser la création de nouvelles valeurs ou de nouveaux business ?

Comment y avez-vous répondu?

Nous imaginons les start-up comme des entreprises innovantes qui « crackent » de nouvelles choses et/ou qui « hackent » des choses existantes. Avec mon associé, on s’est dit qu’il y a en France un écosystème start-up bouillonnant (la French Tech, un des meilleurs taux en investissement des VC en Europe, etc), notamment si l’on s’intéresse à ces derniers sous l’angle des compétences, même s’ils ne s’en rendent pas compte de leur expertise. Si on combine les compétences et l’état d’esprit des start-uppeurs (nous sommes un peu des « anti-consultants ») avec le savoir-faire des grands groupes, de beaux projets peuvent aboutir rapidement et simplement. La notion de reverse mentoring est intéressante : c’est le start-upper qui va guider le grand groupe, pour lui mettre le pied à l’étrier! C’est l’homme qui nous intéresse : profiter de l’expérience et du pragmatisme de start-uppers expérimentés pour gagner du temps (la valeur la plus décisive) et de l’efficacité (ne pas se perdre dans les cahiers des charges).

« Je suis convaincu qu’il y a une véritable alchimie entre un collaborateur de grand groupe et un startupper »

Disposez-vous de premiers retours d’expérience?

Je suis convaincu qu’il y a une véritable alchimie entre un collaborateur de grand groupe et un start-upper. Chez Total, la directrice de l’innovation marketing et services a souhaité mettre en place une plateforme en ligne pour fédérer les collaborateurs autour de projets d’innovation. Cela faisait plusieurs mois qu’elle y pensait. En combinant son idée et celle de start-uppers (l’un évoluant dans le domaine du crowdfunding, l’autre dans celui des albums photos en ligne), nous avons apporté des compétences en financement participatif et en expérience utilisateur. L’idée n’était pas de lever de l’argent, mais du temps de collaborateur. Nous avons réalisé une belle infographie, très visuelle, très pragmatique, qui a permis de tester l’idée en interne.  L’ensemble du process n’a pris que cinq mois, développement de la plateforme comprise. La façon de procéder a été celle d’un précurseur, le résultat l’est tout autant.

Comment peut-on définir l’esprit start-up, et en quoi peut-il être bénéfique aux grands groupes?

L’esprit start-up, c’est l’action et l’idée d’aller droit au but. Il faut être orienté « business », peu importe si on lance une première version un peu dégradée de son produit, et avoir le goût de l’inventivité. Les start-uppers font gagner du temps : ils restituent plusieurs années de travail en quelques heures ! Un start-upper a éprouvé des difficultés, mais sait comment les contourner. Il a éprouvé cette situation, il va avoir l’idée de pivoter sur autre chose… Nous sommes un peu le « Meetic du start-upper » et du porteur de projet (ou « intrapreneur ») des grands groupes. Nous ne sommes pas des consultants : nous apportons une expertise au moyen d’un apport d’expérience, en partageant des savoir-faire. Quelqu’un qui a réussi est content de le partager ! Un consultant est davantage orienté sur les méthodologies, les matrices, etc.. On a quasiment effacé la méthodologie de notre mode d’action : on se focalise sur les temps forts de l’entrepreneuriat. La valeur est dans la matière grise de la personne qui est en face de notre client.

« Quelqu’un qui a déjà créé une entreprise dans un autre business a une valeur »

De quelle manière cette notion de valeur se concrétise-t-elle?

Les grands groupes veulent tout cadrer, toutefois, dans les nouveaux business, il y a un champ d’incertitude. Les start-up doivent grandir, et pivoter. Le mot « start-up », c’est avant tout un état d’esprit : toujours expérimenter, suivre l’évolution du marché… Des entreprises se plantent car elles ne voient pas que le vent tourne. Pages Jaunes n’a pas vu arriver Google ou la Fourchette ! C’est pour cela que l’apport d’un start-upper, tourné vers l’action, est intéressant. Les grands groupes sont prêts à payer la compétence et la vitesse : la vitesse, cela a une valeur. Quelqu’un qui a déjà créé une entreprise dans un autre business a une valeur. Cet apport extérieur permet de bénéficier d’un regard que l’on n’a pas en étant à plein temps dans une activité donnée.

Dans les faits, comment organisez-vous ces sessions?

Nous recourons, lors de chaque projet, à deux start-uppers. Un représentant de Whyers anime la session, au sein d’un lieu atypique (un loft, par exemple). Il faut être dans un terrain neutre, en passant un bon moment : ce qui nous intéresse, c’est la relation humaine. Au départ, le porteur de projet vient découvrir l’esprit start-upper à la Pépinière 27 (une pépinière d’entreprises dans le 11ème arrondissement de Paris, où se situent nos locaux), et est confronté à un petit jeu de rôle. Nous essayons de comprendre le métier de mes clients, et inversement, afin de cerner le profil dont on a besoin. Ensuite, nous formalisons une étude de cas, puis nous donnons rendez-vous pour faire connaissance in situ, après avoir briefé les start-uppers en amont. Pendant une demi-journée ou une journée, on élabore le modèle ensemble, avant d’entrer dans des process de production plus classiques. Cela peut prendre un à deux mois, notamment le temps de caler les agendas.

Comment souhaitez-vous développer Whyers?

Nous sommes quatre personnes : un ingénieur (Nicolas Cheng, mon associé), deux designers et un business developer. Nous voulons développer l’entreprise en Europe, et connecter des neurones entre pays. Des start-uppers de Londres pourront venir travailler sur des projets français, par exemple. C’est le « melting-pot » qui est intéressant. On recrute des business developers (il faut comprendre le start-upper, comprendre son métier, les phases de difficultés qu’il a rencontrées et dont il a su tirer profit, etc .) Nous avons également développé, en parallèle, une activité de sensibilisation à l’innovation en mode start-up.

Publié dansEconomieEntreprisesManagement