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Pétrole: le Moyen-Orient comme région stratégique

Mis à jour le 7 novembre 2012

La prospérité pétrolière sur laquelle s’appuient de nombreux Etats du Moyen-Orient ne sera pas sans limites. La place de la région en tant que producteur de « référence » est déjà posée, même si cette position stratégique ne pourra véritablement être remise en cause.

Pétrole: quels enjeux au Moyen-Orient ? (1/2). Le Moyen-Orient peut faire l’objet d’une typologie regroupant plusieurs pays, la rente pétrolière et gazière étant inégalement perçue entre les différents Etats de la région. Cette première approche peut permettre d’appréhender une partie du problème, dans une optique géopolitique.

D’une part, les « grands » pays pétroliers ou rentiers (Arabie Saoudite, Irak, Iran), qui regroupent une population importante et plutôt jeune. L’exemple de la rente pétrolière est le plus frappant: la différence entre le coût d’extraction et le prix de vente sur le marché mondial confère un avantage incomparable. Ainsi, selon l’économiste Jean-Pierre Favennec, ancien directeur à l’Institut Français du Pétrole, hors investissements, en septembre dernier, le coût de production, investissements exceptés, d’un baril s’élevait à 5 USD pour un prix de vente alors fixé  à 75 USD. Le royaume y rétrocède une large partie de cette manne à sa compagnie pétrolière (Saudi Aramco), qui possède un monopole d’exploitation des hydrocarbures et contribue au financement des opérations d’exploration-production.

D’autre part, les petites monarchies pétrolières (lesquelles sont également appelées « pétromonarchies ») ou gazières très dynamiques (Emirats Arabes Unis, Qatar, Oman) avec des politiques actives de modernisation et de positionnement en tant que centre financier et commercial. Enfin, un cas plus spécifique, celui d’une économie pétrolière, le Yémen, où une capacité de production pétrolière déclinante pourrait le conduire à devenir importateur net d’ici quatre à cinq ans.

Si le poids du Moyen-Orient dans la production pétrolière a régressé entre 1973, date clef dans le cadre du premier choc pétrolier, et 2007, il n’en demeure pas moins prépondérante : il est passé de 36,9% à 30,6% dans un environnement conduisant à un accroissement de la production de 2.867 millions de tonnes à 3.937 Mt.

L’accès à une information fiable est cependant particulièrement difficile de la part des pays de l’OPEP, qui abritent près de 85% des réserves prouvées, mais peinent à produire des données réellement exploitables, notamment en raison du respect plus ou moins avéré des quotas de production fixés par le cartel. Les compagnies américaines, privées, doivent quant à elles rendre des comptes de manière annuelle à la commission des opérations de Bourse (Securities exchange commission), mais contournent soigneusement le cas de leurs possibilités estimées en termes d’extraction. Le cas des réserves de pétrole à l’extraction non-conventionnelle s’ajoute à cette incertitude.

En effet, le Canada, avec ses sables bitumineux dans l’Alberta, ou le Venezuela doté d’huiles extra-lourdes dans l’Orenoque « concurrencent » de manière marginale et indirecte le Moyen-Orient, mais n’hésitent pas à communiquer sur ce potentiel. Les pays du Moyen-Orient devront donc faire face, en dépit d’un avantage concurrentiel incomparable, à l’émergence de nouveaux gisements, notamment plus proches de leurs consommateurs.

Consultez notre Working paper: le Moyen-Orient face à l’évolution de sa position stratégique

Publié dansActualité socialeDossiers