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Matières premières: les autorités face à la financiarisation

La profusion de produits dérivés consacrés aux matières premières alerte les autorités sur l’influence qu’ils exercent sur les cours.

En se prononçant en faveur d’une régulation renforcée et harmonisée du trading sur les matières premières, la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement s’ajoute à une longue liste d’institutions et d’organisations soucieux de limiter les conséquences de la financiarisation de ces marchés. La crise alimentaire, largement médiatisée au cours du premier semestre 2008, et les variations aussi impressionnantes que difficilement prévisibles des cours du pétrole ont marqué les esprits.

Afin de s’assurer de la justesse des prix, le régulateur sectoriel américain, la Commodities Futures Trading Commission (CFTC), s’est également penchée sur la question et va tenter de déterminer si « les prix facturés au consommateur sont justes et qu’il n’y a pas de manipulation ». La foison de produits dérivés, et en particulier de trackers, ces fonds côtés en Bourse qui répliquent la performance d’un indice.

L’idée initiale de la CFTC est de limiter les positions prises dans de multiples cas. « Les réformes qui sont discutées sont faites pour réduire les zones d’ombre qui peuvent être sujettes à des abus de marché et de manipulation dans les marchés des matières premières », indique à L’Agefi Socheat Chhay, directeur associé chez ETF Securities.

La transparence semble donc être l’enjeu prioritaire pour les autorités de régulation, et les marchés pétroliers figureront sans doute parmi les premiers concernés. La CFTC devrait amplifier sa coopération avec la Financial Services Authority britannique, les deux institutions souhaitant concentrer leurs efforts sur le New York Mercantile Exchange (Nymex), référence sur l’énergie et les métaux, et l’Intercontinental Exchange (ICE), spécialisé dans le développement du trading électronique sur les matières premières.

Les variations des cours en question

Début juillet, un trader était soupçonné d’avoir fait perdre 10 millions de dollars à une société de courtage londonienne en clôturant les contrats à terme qu’il avait pris sur le pétrole. Les opérations de trading incriminées, non-autorisées, avaient généré une forte activité, poussant le baril de brent à son plus haut de l’année. Cet événement avait fait suite à la suspension d’un trader de Morgan Stanley, en mai, au sein du même secteur. Des événements qui ont accéléré l’intervention des régulateurs pour tenter d’instituer des plafonds.

A noter qu’en pleine reprise économique, des prix du pétrole trop hauts pourraient menacer cet élan. Mais l’or noir n’est pas la seule matière première concernée: selon une étude du cabinet britannique Bloomsbury Minerals Economics, récemment citée par Les Echos, les investisseurs financiers ont été responsables de plus de 60 % de l’envolée des cours du cuivre constatée depuis le début de l’année. Une proportion à même de mettre en alerte les autorités quant au rôle joué par la spéculation et les produits dérivés sur les prix.

Un renforcement de la réglementation semble donc être en bonne voie, comme tentait de l’impulser Nicolas Sarkozy en juillet dernier lors du G8: « le monde ne se remettra pas de ces « yo-yo » qui font passer d’un excès à l’autre. Les Etats doivent essayer de reprendre la main pour remettre de la transparence et de la régulation », avait-t-il alors déclaré. Les spécialistes s’accordent toutefois sur un point: déterminer dans quelle proportion une demande « virtuelle », représentée par les prises de position, peut avoir des conséquences sur des prix réels.

Publié dansEconomie