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Le développement contrarié des emplois verts

Le potentiel représenté par les emplois liés à l’environnement se heurte au manque de formations adaptées et aux incertitudes économiques.

« Je vais mettre en place un plan des métiers du développement durable. Ce sera une de nos priorités de rentrée. Il faut qu’on balaie l’ensemble des champs professionnels pour créer des nouveaux métiers ou ajuster, greffer sur des métiers existants, des formations qui permettent d’aller vers la croissance verte », expliquait fin juillet à Reuters Valérie Létard, secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Ecologie. Ce plan contient d’ores et déjà des objectifs chiffrés: selon Jean-Louis Borloo, ce sont 600.000 potentiels emplois verts qui pourront être crées d’ici 2020.

L’enjeu représenté par les emplois liés à l’environnement est colossal, et pas seulement qu’en France: selon les chiffres avancés par le Bureau international du Travail, 20 millions de personnes évolueront dans le secteur en 2030, soit dix fois plus qu’à l’heure actuelle. Les problématiques de développement durable, de respect de la planète et de prise en compte du réchauffement climatique concernent des domaines aussi vastes que le traitement des déchets ou l’aménagement de quartiers à impact limité.

Le Programme des Nations Unies pour l’Environnement établit, dans cette nébuleuse, une distinction entre les emplois verts déjà existants et ceux restant à créer. Plus de 2,3 millions de personnes travaillent dans l’univers de l’approvisionnement énergétique d’origine renouvelable à l’échelle mondiale, l’éolien et le solaire représentant les secteurs les plus pourvoyeurs d’emplois.

Les postes liés à l’efficacité énergétique, en particulier dans le bâtiment, sont également déjà bien développés: 4 millions d’emplois sont déjà pourvus rien qu’aux Etats-Unis. Par ailleurs, l’industrie du recyclage s’est organisée depuis de nombreuses années, tandis que les transports publics restent incontournables. L’agriculture reste pour sa part le premier employeur au monde, et évolue avec l’émergence des techniques biologiques. En France, les forêts sont supervisées par un office dédié.

En revanche, une spécialisation poussée peut permettre aux jeunes diplômés de devenir des précurseurs dans leur domaine. Les Nations Unies tablent notamment sur le potentiel de l’acier et de l’aluminium, où les possibilités d’écologisation sont considérées comme « satisfaisantes », les chemins de fer, le réaménagement de bâtiments, le boisement et le reboisement et la gestion durable des forêts. La séquestration du carbone, encore à l’étape de recherche, ou les faibles progrès dans l’univers du ciment incitent toutefois à la prudence, selon l’étude.

Les formations et les prévisions en question

Toutefois, en dépit de l’eldorado représenté par les emplois verts, force est de constater que le secteur peine à attirer. Le manque de personnel qualifié apparaît comme criant dans les secteurs de pointe et l’énergie: la pénurie de professionnels pourrait pénaliser la création de 500.000 emplois liés à l’environnement d’ici à 2020. Pour les profils techniques (installateurs, couvreurs, chauffagiste…), les firmes se retrouvent en concurrence avec le BTP, fort de nombreuses grandes entreprises à la notoriété établie et présentes à l’international. Concernant les postes d’encadrement, les petites structures semblent, selon de nombreux professionnels, constituer un frein, même si le secteur tend à se consolider.

Le manque de formations adaptées est aussi pointé du doigt. « La France est en retard. Si nous voulons bâtir des formations pertinentes, elles doivent être transdisciplinaires, ce qui suppose de bousculer les baronnies », indiquait récemment au Monde Sylvie Faucheux, présidente de l’Université de Versailles-Saint Quentin en Yvelines. Au-delà de la création des diplômes, encore faut-il démarcher des entreprises à même de recruter les étudiants, et d’engager une coopération entre les composantes (sciences, économie…). Une tâche qui s’avère particulièrement complexe. Pourtant, lorsque l’offre est établie et dotée d’une certaine visiblité, les candidatures affluent, preuve de l’intérêt porté au secteur !

Des doutes se font également sentir sur la pertinence des prévisions quantitatives en terme d’emplois potentiellement naissants. Les statistiques fournies par le ministère de l’Ecologie s’appuient sur un rapport bâti à partir des seuls quinze grands programmes du Grenelle, qui commencent seulement à être mis en application. Des économistes mettent déjà en garde face à la création d’une « bulle verte », comparable à l’explosion annoncée, à la fin des années 1990, de l’internet et des NTIC, avant l’éclatement de la bulle. Les subventions gouvernementales, l’incertitude sur les cours du pétrole et le fait que les collectivités constituent les employeurs les plus concernés dans ce secteur – source d’endettement – sont des facteurs à même de remettre en cause les prévisions.

Les emplois verts, bien que dédiés à un bel avenir, semblent souffrir du manque de consolidation du secteur et de la faible coopération entre l’ensemble des acteurs concernés.

Publié dansEconomie