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Financement des PME: il y a urgence

68 % des PME expriment un besoin de financement. Le récent plan présenté par Nicolas Sarkozy suffira-t-il pour stopper l’hémorragie ?

Pour 82 % des patrons de PME, la crise a durci de manière importante les conditions d’accès au crédit des entreprises en France. La principale conclusion de l’enquête rendue publique début octobre par la Confédération générale des petites et moyennes entreprises (CGPME) et le cabinet KPMG est sans appel: les dirigeants de PME ressentent encore les dommages collatéraux des difficultés économiques nées il y a deux ans.

68 % des PME expriment toujours un besoin de financement, et 77 % des chefs d’entreprise interrogés font part d’une mesure de durcissement de la part de leur établissement bancaire. Réalisé auprès de plus de 400 dirigeants de firmes de 10 à 500 salariés, le sondage met en exergue les tensions persistantes autour de la situation financière d’entreprises mises en difficulté par des problèmes de trésorerie ou de financement. La proportion de dirigeants évoquant une baisse de leur chiffre d’affaires commence à décroître.

« Selon moi, le frein principal vient des banques au niveau local, des chefs d’agence qui n’osent pas prêter parce qu’ils ne veulent pas se voir reprocher de prendre des risques. Les principales mesures pour sauver l’économie ont été prises, mais la réalité suit trop lentement. Il faut absolument que les banques assouplissent leurs conditions », a indiqué le président de la CGPME, Jean-François Roubaud.

Les derniers chiffres publiés par la BCE confirment cette situation: les prêts aux entreprises étaient en recul de 1,6 % en juillet et de 2,9 % en juin. Dans ce contexte, annoncer de nouvelles mesures en faveur des PME devenait incontournable. C’est chose faite depuis le 5 octobre, date à laquelle Nicolas Sarkozy a présenté un nouveau plan d’un montant de deux milliards d’euros et censé répondre aux inquiétudes. L’objectif premier est de renforcer les fonds propres des PME et des entreprises de taille intermédiaire. Ces annonces suivent les mesures mises en place il y a un an et complétées par le plan de relance.

Le Fonds stratégique d’investissement (FSI), crée en 2008 et contrôlé par la Caisse des dépôts et l’Agence des participations de l’Etat, constitue la pierre angulaire de ce nouveau plan. Il abondera, d’une part, un « fonds de consolidation et de développement des entreprises » les plus frappées par la crise à hauteur de 100 millions d’euros. 300 millions d’euros seront par ailleurs alloués à des fonds de capital-risque régionaux, 300 millions seront mis en place dans le cadre d’obligations convertibles, et une ligne d’investissement direct également dotée de 300 millions d’euros sera mise en place pour les firmes présentant des projets « porteurs de croissance ».

Cette nouvelle série de mesures sème le doute sur la capacité des acteurs existants de remplir leur mission. Ils sont pourtant légion, répartis entre l’exigence de renforcement des fonds propres, le soutien à la trésorerie et l’arbitrage:

  • Oséo propose des prêts de cinq à sept ans, sans besoin de garantie, dits participatifs. L’établissement public, qui dispose d’un milliard d’euros pour mener à bien cette mission, a vu ses missions renforcées par le plan de relance.

  • Des fonds dédiés, crées dans les filières de l’aéronautique, du bois, des biotechnologies et de l’automobile, prennent des participations minoritaires au capital d’entreprises en difficulté au sein du secteur dont ils ont la compétence.

  • Le Trésor public propose un remboursement avancé des créances de l’Etat (TVA, crédit impôt recherche…) jusqu’à la fin de l’année. 14,8 milliards d’euros ont été mis en oeuvre en 2009.

  • Le médiateur du crédit, dont la fonction est prolongée jusqu’en 2010, a pour mission de résoudre les problèmes de financement ou de trésorerie pouvant exister entre les entreprises et leurs banques. Les directeurs des Banques de France font office de médiateurs départementaux afin d’obtenir un maillage local.

Une différence d’objectifs

Les établissements bancaires, pointés du doigt, se disent pourtant prêts à accompagner les entrepreneurs dans leurs projets, et viennent de déployer d’importantes campagnes de communication pour lancer de nouvelles opérations en la matière, et redorer leur blason. Natixis a vu son cours de Bourse s’apprécier de 131 % sur les six derniers mois, BNP Paribas de 43 % et Crédit Agricole S.A. de 40 %: avec de tels chiffres, le lien entre performances boursières et actions commerciales semble tout trouvé.

« L’entrepreneur réfléchit en termes d’accroissement de son chiffre d’affaires ou de résultat net. Tandis que la banque s’intéresse surtout aux capitaux engagés et à la gestion du cash de son client », analyse le directeur général de KPMG, Jacky Lintignat, pour expliquer les tensions existantes entre firmes et banquiers. Ce ne sont pas moins de 1.000 dossiers par mois qui devraient lui parvenir, estime le médiateur du crédit Gérard Rameix. En un an, 17.000 entreprises ont eu recours aux services de René Ricol puis de l’ancien secrétaire général de l’Autorité des marchés financiers.

Une étude menée en 2005 faisait apparaître la place prépondérante occupée par les banques pour les PME européennes: 79 % d’entre elles y ont recours en premier lieu. « L’accès au crédit bancaire est donc une condition essentielle de l’éclosion de ce secteur », écrivait en février 2007, avant l’émergence d’une crise initialement immobilière et financière, l’Organisation de coopération et de développement économiques. Une phrase qui prend, à l’heure de la reprise, plus que jamais son sens.

Publié dansEconomiePolitique éco