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Faut-il craindre la crise américaine ?

« La crise du subprime a dégénéré en une crise des marchés. Les banques ne veulent plus prêter et les investisseurs ne veulent plus acheter d’actifs risqués. Cette aversion au risque ne me semble pas de nature durable. En revanche, les Américains consomment moins, donc importent moins. Un point de croissance perdu aux Etats-Unis entraîne à peu près 0,4 point de croissance en moins en France. Le monde va perdre 6 ou 7 dixièmes de point de croissance en 2008 du fait de la situation américaine, mais seuls en souffriront ceux qui ont par ailleurs des problèmes intérieurs comme l’Hexagone« , indique au Monde Patrick Artus, directeur de la recherche et des études de Natixis.

Selon l’enquête semestrielle de l’Association américaine des économistes d’entreprise, 32% d’entre eux ont placé « l’effet des subprime » et « l’endettement excessif des ménages et des entreprises » en tête des problèmes qui pèsent sur l’économie outre-Atlantique, devant la menace terroriste. Cette étude prouve l’importance de la crise financière qui a frappé ces dernières semaines la sphère économique, d’abord aux Etats-Unis puis dans le reste du monde. « Nous avons vu un rétablissement, un certain retour à la normale cette semaine, mais je pense qu’il est bien trop tôt pour juger que la crise est terminée« , a déclaré dimanche Larry Summers, ancien secrétaire américain au Trésor, sur la chaîne de télévision ABC. Selon M.Summers, le risque de récession le plus élevé aux Etats-Unis depuis 2001. « Je ne pense pas que nous ayons les éléments nécessaires pour prédire une récession mais je dirais que les risques que nous en ayons une sont les plus élevés depuis les attentats du 11-Septembre« , a-t-il déclaré. Il fait référence à un assèchement du crédit provoqué par le manque de visibilité dans le cadre de la crise des prêts hypothécaires américains, et à un manque de confiance.

« Nous n’avons pas encore d’indications de la consommation en août, mais je m’attends à des signes d’affaiblissement dans les prochaines semaines. Même si les marchés se calment, l’offre de crédit va se réduire ce qui aura un impact sur la consommation. Des gens croyant avoir accès au crédit vont rencontrer des conditions plus difficiles que prévu » explique au Figaro Dana Johnson, économiste en chef de Comerica, une banque de Detroit, dans le Michigan. Les ventes de maisons ont plongé de 16% dans le comté de Washington DC. Le PIB des Etats-Unis a progressé de 3,4% au second trimestre, après +0,6% au premier. Cependant, les composantes de la croissance laissent apparaître que la consommation des ménages, qui pèse pour 70% dans l’activité du pays, a fortement décéléré, avec une hausse de 1,3% contre une progression de 3,7% au trimestre précédent. « Les dépenses durables des ménages, qui comprennent notamment les achats immobiliers, ont continué à baisser de 9,3% », complète L’Expansion.

« Les problèmes que connaissent les Etats-Unis à cause du subprime n’arriveront pas en France, tout simplement parce que ce produit n’existe pas chez nous », explique René Pallincourt, président de la Fédération nationale des agents immobiliers (FNAIM). Les banques sont contraintes par la loi d’engager une étude complète sur la situation financière du client, et les taux d’intérêt sont moins élevés qu’outre-Atlantique, où ils peuvent être compris entre 10 et 12%.

Publié dansEconomieMarchés et finance