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Des BRIC à l’E7, le nouveau profil des économies émergentes

Mis à jour le 7 mars 2011

Au-delà des seuls BRIC, les pays émergents continuent de s’affirmer comme des acteurs économiques incontournables. Les positions prises en matière de fusions-acquisitions ou de rachats en témoignent.

En hausse de 10,3% sur l’année 2010, de source officielle, le produit intérieur brut chinois symbolise l’affirmation de la puissance d’un pays dont l’enjeu principal est, désormais, de maîtriser au mieux cette croissance. « La pression inflationniste s’est intensifiée jusqu’en janvier et la pression en faveur d’un resserrement va s’intensifier », indique à La Tribune Issac Meng, économiste chez BNP Paribas.

Ces chiffres, meilleurs qu’attendus, font écho à une étude publiée au début du mois par le cabinet PricewaterhouseCoopers. Le rapport, baptisé « Le monde en 2050 », met en exergue un déplacement de la domination économique mondiale des pays du G7 (États-Unis, Japon, Allemagne, Royaume-Uni, France, Italie, Canada) vers ceux du groupe nommé « E7 », un pool d’économies émergentes sur lesquels la firme s’appuie afin de faire ressortir la part prégnante prise par la Chine, l’Inde, le Brésil, la Russie, le Mexique, l’Indonésie et la Turquie.

Un concept plus large, donc, que les BRIC, théorisés en 2001 par Goldman Sachs. En se basant sur le PIB aux taux de change du marché, la Chine devrait devenir la première puissance économique en 2032: il reste donc aux Etats-Unis un délai certain… à moins de prendre en compte le PIB à parité de pouvoir d’achat, qui ramène, selon les projections, ce renversement de tendance à l’horizon 2020.

Signe de cette importance grandissante dans les échanges commerciaux internationaux, la Coface a décidé de faire évoluer son analyse. « Traditionnellement, le concept de risque pays était réservé aux économies émergentes, avec un risque majeur lié à la dette en devises de ces pays », a expliqué François David, son président. Or, celles-ci présentent une remarquable stabilité financière et un rythme d’activité soutenu, contrairement aux pays avancés, dans lesquels les risques se sont dégradés. Les exemples de l’Islande, moins bien notée que la Pologne, ou de la Turquie, qui talonne le Royaume-Uni, sont révélateurs de cette situation.

Un nouveau profil financier et entrepreneurial

Ce dynamisme des économies émergentes passe essentiellement par les performances de leurs entreprises, lesquelles sont particulièrement actives en termes d’opérations financières. Ainsi, 33,2% de l’ensemble des fusions-acquisitions effectuées en 2010 l’ont été par des entreprises émanant de pays émergents: il s’agit d’une évolution significative sur le marché du M&A. Plus de 3.000 transactions sont à l’origine de la Chine.

Ce paysage entrepreneurial s’affirme également au moyen d’un élargissement des marchés sur lesquels évoluent les firmes. Le groupe indien Tata, qui a récemment raté le coche sur la voiture low-cost, démontre néanmoins « l’émergence du modèle de conglomérat chez ces challengers. Depuis 10 ans, avec plus de 17 milliards de dollars investis dans les M&A, le groupe s’est fortement développé et s’impose aujourd’hui comme un acteur important dans le secteur de l’acier, de la chimie, des systèmes d’information », analysait dernièrement Olivier Scalabre, directeur associé au Boston Consulting Group, à l’origine d’une étude sur 100 « challengers » des pays émergents à suivre.

Sept conglomérats sont recensés dans ce rapport, qui dresse une liste d’entreprises susceptibles de tailler des croupières à leurs concurrentes des pays les plus industrialisés ou avancés. Les rachats de firmes par des compagnies établies dans des pays dits émergents sont par ailleurs amenés à croître, le cas de la reprise d’activités d’IBM par Lenovo, un constructeur chinois de PC, représentant une opération significative en la matière. Sur la décennie écoulée, 60% des acquisitions effectuées à l’étranger par des firmes établies dans les pays émergents l’ont été dans des économies industrialisées.

La Chine n’a pas encore dépassé les États-Unis, mais ses entreprises, malgré de nombreux handicaps sur le plan de la gouvernance ou de la qualité des produits proposés, sont bien positionnées pour l’y aider.

Publié dansPolitique éco