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Pays émergents: le mobile comme vecteur de bancarisation

Faute d’infrastructures physiques suffisantes, les banques se développent dans les pays émergents par le biais de la téléphonie mobile. Le marché est en pleine expansion.

A défaut d’une marche forcée, ça y ressemble. Après avoir souffert, pendant de nombreuses années, de lacunes dans leur système bancaire, les pays émergents se mettent à la page, et les établissements financiers entament leur expansion par le biais du développement des nouvelles technologies. La diffusion de moyens de transaction électroniques à des Etats moins développés permet un véritable bond dans la façon, pour les banques, d’aborder des populations en passe de moyennisation. Entre 2000 et 2005, le crédit aux ménages a progressé de 22,5 % par an dans les pays émergents asiatiques !

Faute de relais physiques puissants, les banques disposent désormais d’une parade efficace : les transactions par téléphone mobile, confidentielles dans les marchés matures mais en plein développement dans les pays émergents. Les nouveaux systèmes d’information permettent « d’abaisser les coûts de transaction et de toucher davantage de personnes. Alors que la conquête de clients par la microfinance s’est fait principalement grâce au crédit, la bancarisation d’une nouvelle partie de la population via le mobile banking s’appuie en premier lieu sur les moyens de paiement », explique à La Tribune Thomas Legrand, consultant chez Eurogroup. Les réseaux de téléphone portable peuvent toucher 80 % de la population mondiale : l’opportunité ne pouvait passer inaperçue.

Alors que le mobile banking est considéré comme secondaire en Europe, il fait figure de priorité dans les pays émergents, comme le prouve l’exemple du Kenya où le taux de bancarisation a doublé en trois ans. Une filiale de Vodafone s’est emparée du marché en proposant un service de prestations bancaires, qui recrute 200.000 nouveaux abonnés par mois. Le fait que l’initiative relève à un opérateur de téléphonie et non à un établissement bancaire ne relève pas du hasard : les contraintes qui pèsent sur les banques sont bien plus fortes que celles imposées au secteur de la téléphonie. La baisse des coûts explique aussi cette implication : une opération mobile reviendrait à 10 % du coût en agence.

La stratégie d’innovation confortée par un modèle économique solide conforte ce développement des services bancaires sur mobile. Orange a ainsi testé cette nouveauté dans les pays émergents avant de l’importer en Europe, en mettant en place des dispositifs de financement adaptés aux faibles revenus et aux entreprises. Les services bancaires sur mobile devraient représenter un marché de 5 milliards de dollars d’ici 2012, ce qui aiguise les appétits de nombreux acteurs en mal de diversification ou la volonté de groupes bancaires de renforcer leurs positions. La protection des technologies dédiées à ces services représente donc un enjeu majeur pour les entreprises déjà positionnées sur le marché.

Signe de l’importance prise par le mobile banking, l’association GSM, qui fédère plus de 750 opérateurs dans le monde, a lancé vingt projets en Amérique du Sud, Asie et Afrique pour structurer le développement de la branche et aller plus loin dans la démocratisation du procédé. Au Bénin, 1 % de la population peut accéder aux banques mais 18 % est en possession d’un téléphone portable: la bancarisation des pays émergents passera par le mobile.

Publié dansEconomieMarchés et finance