Matières premières agricoles: haro sur la spéculation

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La flambée des cours enregistrée ces derniers mois trouve notamment sa source dans un vent d’euphorie autour des potentielles performances de ce type de commodités.

On ne joue plus avec l’alimentation. Tel est en substance le message que vient d’adresser l’Inde aux investisseurs. Le pays, en proie à une inflation qui croît de manière exponentielle (+ 7,57% au cours de la semaine achevée le 19 avril), doit faire face au mécontentement de la population, qui éprouve des difficultés grandissantes à se nourrir dans de telles conditions. Pendant au moins quatre mois, les contrats à terme ne pourront plus être côtés, afin d’éviter de nouveaux dérapages liés à l’activité de produits financiers permettant de spéculer sur les prix des matières premières.

Selon l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), les prix alimentaires ont dans l’ensemble augmenté de 35% entre janvier 2007 et janvier 2008. Plus globalement, la Banque Mondiale estime cette hausse à 83% sur les trois dernières années. Bon nombre d’investisseurs se sont rabattus sur les marchés des matières premières, faisant office de valeurs refuge, à la suite de la crise financière déclenchée à l’été dernier. Face aux faibles rendements des actions, le riz thaïlandais, pour ne citer que lui, semble davantage prometteur: ses cours ont en effet doublé en quelques mois sur les marchés à terme du Chicago Board of Trade. Le Fonds Monétaire international tirait déjà la sonnette d’alarme dans un rapport publié en décembre dernier. Le renchérissement des denrées alimentaires trouve principalement sa source dans les pays riches et à revenu intermédiaire, dans lesquels l’augmentation des prix des matières premières est généralisée à l’ensemble des commodités.

Selon des calculs de Barclays, les investissements corrélés à des produits financiers dans ce secteurs se sont élevés à 178 milliards de dollars l’an dernier, crise financière aidant. Certains investisseurs se sont en effet reportés sur les marchés des commodités suite aux difficultés éprouvées sur les marchés actions. Dans l’Hexagone, l’Association générale des producteurs de blé estime à 20% l’augmentation des prix directement liée à la spéculation. Outre-Atlantique, la Bourse de Chicago, marché de référence dans le secteur, a enregistré la création de pas moins de 135 produits liés aux matières premières agricoles pour le seul mois de février.

« L’action des financiers permet de dynamiser les marchés. Ils contribuent ainsi à établir plus rapidement de nouveaux équilibres entre offre et demande, même si ces ajustements sont parfois brutaux. Nous achetons à un prix défini des céréales qui ne sont pas encore récoltées. Quand ces grains sont effectivement livrés, les cours peuvent avoir monté, ce qui nous permet d’engranger un bénéfice en revendant ces céréales. Mais le marché peut s’être effondré entre l’achat du contrat et la récolte« , se défendait dans une interview accordée au site internet du Figaro Benjamin Louvet, gérant du fonds Prim’Univert.

Ce placement financier crée par la banque belge KBC consiste en une assurance-vie dont les rendements sont liés aux performances enregistrées par les matières premières agricoles. En incitant ses clients à « tirer profit de la pénurie alimentaire et de la hausse des prix alimentaires, l’établissement s’est attiré les foudres d’une partie de la classe politique, les socialistes francophones (dans l’opposition) ayant émis le souhait de déposer un projet de loi proscrivant « l’offre, la diffusion ou la promotion en Belgique d’instruments financiers lorsque leur rendement est directement lié, en tout ou en partie, à une spéculation sur la hausse du cours des matières premières alimentaires« .

Benjamin Louvet préfère pour sa part n’incriminer que le développement et le subventionnement des biocarburants dans cette flambée des cours. Les agrocarburants sont aussi incriminés. Ce sont les Etats-Unis qui ont initialement encouragé le développement de la filière éthanol. “La quasi-totalité de l’augmentation de la production mondiale de maïs, de 2004 à 2007, a été absorbée par la production de biocarburants aux Etats-Unis. Au même moment, l’augmentation de la consommation de maïs dans le monde asséchait les réserves existantes“, a récemment indiqué la Banque Mondiale.