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À qui profite la hausse des matières premières agricoles?

« Si l’augmentation du prix des matières premières est favorable aux producteurs de cultures énergétiques, elle implique des coûts supplémentaires pour les agriculteurs qui en ont besoin pour nourrir leur bétail. En revanche, un coût plus faible des bioénergies par rapport à l’essence et au diesel pourrait faciliter la mécanisation et notamment l’utilisation des tracteurs et des équipements de transformation des produits agricoles. Mais ce sont les grands producteurs agricoles et les sociétés transnationales de négoce qui sont les mieux placés pour tirer profit de cette nouvelle donne du marché. La communauté internationale doit mettre l’accent sur l’accès au sol et à l’eau, les conditions de productivité, de production et de marketing et l’investissement dans les infrastructures rurales », estime dans un entretien accordé à Libération Jacques Diouf, directeur général de la FAO, l’organisation des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation.

Le prix des matières agricoles enregistre un décollage sans précédent, dû en grande partie au succès des biocarburants. Le développement des usages non-agricoles du blé se répercute sur les autres céréales, dans un contexte favorables aux carburants végétaux: selon l’institut Global Insight, le diester et le bioéthanol représenteront 15% de la demande mondiale de carburant d’ici à 2030. L’espoir de voir la rentabilité des parcelles agricoles s’accroître est amplifié par le fait que l’Europe ait décidé de réduire la surface de jachère obligatoire dès 2008, et par les potentiels de marché que représentent les énergies vertes et la demande des pays émergents, en particulier en viande.

La récolte 2006-2007 est par ailleurs incriminée afin d’expliquer cette flambée des cours des matières agricoles, étant donnée la sécheresse survenue en Australie et en Ukraine. Pour protéger le marché intérieur, Kiev a suspendu les exportations de blé jusqu’à nouvel ordre: l’offre se réduit tandis que la demande ne cesse de s’amplifier. « Le blé profite d’une situation mondiale particulièrement tendue où la demande est supérieure à l’offre et où les stocks sont au plus bas. Dans ce contexte, le moindre incident climatique a des répercussions immédiates sur les prix », indiquait mi-juin un analyste à l’AFP. Selon le Conceil international des céréales, la consommation dépasse la production: l’offre s’élève à 4,656 milliard de tonnes cntre une demande de 1,675 milliard.

Cette poussée des cours se ressent jusqu’à l’intérieur de la sphère financière: selon Raphaël Dubois, gérant à la Société générale, « l’exposition aux produits agricoles dans le portefeuille matières premières est passée de 2 % à 6 % cette année ». Les pays fortement dotés en terers cultivables sont amenés à profiter de cette hausse, mais la manne financière ne profitera pas à tous. En effet, si le revenu du pays concerné augmente, le pouvoir d’achat de la population sera amené à se réduire au vu des prix des denrées alimentaires. Les produits peu ou prou transformés sont amenés à enregistrer une hausse dans les linéaires, les distributeurs hésitant à réduire leur marge de manière trop importante. Une possible hausse du prix des produits de grande consommation comme les yaourts, les fromages, les crèmes et le lait de près de 5% d’ici à la fin de l’année. Le cours du blé a progressé de 50% en un an, celui du soja de 40% et celui de la poudre de lait de 85%.

Publié dansEconomie