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Les marchés en ébuillition suite aux interventions de la Fed et de Trichet

« L’économie américaine est résistante. Sa structure est solide et les données économiques fondamentales à long terme sont saines« , a expliqué au forum économique mondial de Davos la secrétaire d’Etat américaine Condolezza Rice. L’ancien ministre britannique Tony Blair a estimé pour sa part que « le monde change et réagit très vite aux déséquilibres. La vitalité de la croisance chinoise et indienne et de l’ensemble des marchés émergents doit nous rassurer. C’est la variable d’ajustement des problèmes financiers que connaissent les économies des pays développés. La montée des risques rend les gens plus timides. Ils ont moins l’ambition d’occuper des places de leader. Pour répondre aux problèmes que connait la planète, il faut que l’ensemble des dirigeants travaille collectivement« . Dans un monde en pleine globalisation, la crise financière, qui se mue en crise boursière, détonne et apparait comme un signe des excès commis autour des crédits hypothécaires américains, dans un contexte de flambée des prix de l’immobilier.

Le discours tenu ce mercredi par Jean-Claude Trichet, président de la BCE, a refroidi les investisseurs européens. Vingt-quatre heures après l’intervention surprise de la Fed, qui a ramené son principal taux directeur à 3,50%, le Français souhaite pour sa part privilégier la mission de son institution de lutter contreune inflation trop importante. «  “Les conditions ont continué de se détériorer sur l’ensemble des marchés financiers et le crédit a continué de se resserrer pour certaines entreprises et certains ménages. Des risques importants continuent de peser sur la croissance“, indiquait mardi la réserve fédérale américaine. Jean-Claude Trichet lui oppose aujourd’hui la crainte d’une hausse généralisée des prix dans sa zone de prédilection: « En toutes circonstances, mais plus encore lors des périodes difficiles de correction significative sur les marchés, et de turbulences, la responsabilité de la banque centrale est d’ancrer solidement les anticipations d’inflation, afin d’éviter davantage de volatilité sur les marchés« , a-t-il rappelé. Tandis que le CAC 40, pour ne citer que l’indice phare parisien, reprenait plus de 2% hier après avoir chuté de 6,83% lundi; ce soir, il a terminé la séance en repli de 4,25%.

Les craintes d’une récession aux Etats-Unis se précisent

« Les déficits des comptes courants et celui du déficit public aux Etats-Unis, au fur et à mesure qu’ils se sont accumulés, sont à l’origine des turbulences que nous vivons depuis l’été 2007. Nous pouvons être optimistes sur la façon dont l’économie européenne peut faire face aux turbulences financières. Nous sommes bien préparés à cette tempête« , a analysé hier Joacquin Almunia, commissaire européen aux affaires économiques et monétaires. La menace d’une récession de l’économie américaine se dessine en toile de fond, une hypothèse à laquelle l’ancien président de la Fed Alan Greenspan s’est ralliée. Il le rappelait le 15 janvier dernier au New York Times: « Les symptômes sont nettement présents. Les récessions ne se produisent pas dans la discrétion. Elles se manifestent habituellement par une perturbation du marché, et les indicateurs des dernières semaines pourraient tout à fait être caractérisés de cette manière« .

La consommation des ménages américains a fléchi au mois de décembre, les investissements des entreprises stagnent, et les commandes de biens durables ont baissé en octobre et novembre. Le département du Travail annonce pour sa part des chiffres délicats concernant le taux de chômage, en très nette hausse depuis la fin de l’année 2006. Il s’élevait fin 2007 à 5% de la population active. Le secteur du bâtiment apparaît comme très durement touché par la crise des crédits hypothécaires, le nombre de permis de construire accordés ayant chuté de 25,2% en 2007. Concernant le PIB, les prévisions de l’OCDE tablent sur une croissance de 2% pour 2008, tandis que celle-ci s’élevait à 3,7% en 2004.

Dans une économie mondialisée, quelles répercussions pour les pays émergents ?

Luiz Inácio Lula da Silva, président du Brésil, s’alarme face aux désordres mondiaux partis des Etats-Unis. « Les Etats-Unis doivent assumer la responsabilité d’éviter que cete crise se propage et provoque une crise mondiale. Les pays d’Amérique Latine et d’autres d’Afrique, qui ont passé quasiment trente ans sans croissance, commencent maintenant à se développer et il n’est pas possible que quelqu’un qui n’a pas de maison aux Etats-Unis, ni contracté une hypothèque, paye la crise provoquée par l’irresponsabilité de certains qui voulaient gagner de l’argent facile« . Le Brésil maintient ses objectifs de croissance, après avoir enregistré une hausse de 5% en 2007.

L’Inde doit en revanche se préparer à un scénario initialement inattendu. La Bourse de Bombay a dégringolé de 9,7% hier, signe d’une inquiétude autour du possible risque d’une récession aux Etats-Unis. Le niveau des exportations indiennes en patirait, à commencer par les logiciels, les textiles et le commerce des pierres précieuses. Après une envolée de 21% en 2000, les exportations indiennes avaient chuté de 1,6% lors de la crise américaine de 2001. La Chine continue pour sa part d’afficher une insolente croissance: les chiffres doivent être annoncés après-demain, mais Lehman Brothers table d’ores et déjà sur une croissance de 11,3% en 2007, voire 11,6% pour Goldman Sachs.

Christine Lagarde, malmenée par le PS à l’Assemblée, reste pour sa part fidèle à sa position quant aux prévisions de croissance pour la France.

Publié dansEconomieMarchés et finance