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La baisse du pétrole demeure instable

Sous les 100 dollars : un retour à des niveaux plus raisonnables des cours du pétrole est annoncé par la banque d’affaires Lehman Brothers. Les prévisions du patron de Total Christophe de Margerie (le baril attendra « un jour 200 dollars ») ou de celui du russe Gazprom (250 dollars) devraient donc rester à l’état d’hypothèse pour au moins quelques semaines. Car à l’heure où les compagnies aériennes tirent la sonnette d’alarme et les consommateurs assistent, impuissants, à une inflation galopante en zone euro, les cours de l’or noir ont amorcé depuis plusieurs semaines une décrue ayant entraîné dans son sillage celles d’autres matières premières. Le pétrole s’est déprécié de 21 % en quatre semaines

« Notre prévision de long terme pour les vingt prochaines années est que le brut va retomber à 75 dollars le baril, voire au-dessous », rappelait récemment à l’hebdomadaire américain Barron’s Arjun N.Murti, un analyste de Goldman Sachs réputé pour ses analyses ayant trait à l’or noir. « Le pétrole est à un tournant. S’il est exagéré de parler de l’éclatement d’une bulle, parce qu’il n’y en a jamais eu une, on peut dire qu’on assiste à une pause », indique à l’AFP Ellis Eckland, analyste indépendant basé à Chicago. Les hypothèses relativement pessimistes sur le climat économique mondial, le recul de la consommation aux Etats-Unis couplé à une reconstitution progressive des réserves, et la remise en question du subventionnement de l’essence dans les pays en développement influent à la baisse sur les cours.

Les récentes inquiétudes quant à l’approvisionnement pétrolier suite au conflit en cours dans le Caucase semblent jouer à la marge sur les décisions des investisseurs, une situation qui semble plus tempérée il y a quelques semaines : les événements géopolitiques retrouvent une place moins prédominante dans la fixation des cours, remettant au premier plan des fondamentaux tels que le jeu de l’offre et de la demande. Selon l’agence Reuters, l’Opep aurait légèrement accru sa production en juillet ; une décision qui s’ajoute à celle de l’Arabie Saoudite, exprimée il y a deux mois, d’augmenter sa production de 300.000 barils par jour.

Interrogée dans La Tribune, l’économiste de la Société Générale Véronique Riche-Florès indique que cette baisse devrait permettre « d’éviter une aggravation de la situation économique et d’atténuer le sentiment de défiance des consommateurs. Toutefois, il ne faut pas attendre que ce reflux fasse des miracles sur le pouvoir d’achat ». Les modifications des habitudes des consommateurs occidentaux n’ont quasiment pas évolué suite à la flambée des cours constatée sur l’année : les quelques centimes en moins à la pompe ne devraient pas susciter l’étonnement des foules. La baisse des prix de l’essence s’affiche néanmoins comme une réalité.

Des paramètres d’ordre géopolitique maintiennent d’importantes tensions sur les cours, avec au premier plan le conflit entre la Géorgie et la Russie, trois grands oléoducs traversant la région. Mardi, BP a été contraint de fermer un pipeline transportant l’équivalent de 150.000 barils par jour. L’Agence internationale de l’énergie a pour sa part rappelé que la Géorgie était d’une « importance stratégique pour le marché de l’énergie ». Autre point sensible, l’Iran, avec une potentielle montée en puissance des tensions entre les Etats-Unis et l’Iran au sujet du programme nucléaire de Téhéran. « Les Etats-Unis menacent de sanctions économiques sévères tout groupe qui se hasarderait à investir en Iran. Par ailleurs la guerre en Irak fait que l’investissement y est faible. Aucun pays de l’Opep ne peut investir dans ces pays interdits », expliquait début juillet le président de l’Opep Chakib Khelil. La poursuite de la demande chinoise – un Etat au cœur de l’actualité -, pourrait aussi jouer sur les cours. (14/08/08)

Publié dansEconomie