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Crise au Sahel : la sécurité des expatriés en question

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Face aux risques encourus dans certaines régions sensibles, les entreprises doivent faire preuve de flexibilité et de pragmatisme.

« Ils étaient surtout intéressés par les ressortissants étrangers », a indiqué au Soir d’Algérie un témoin de la prise d’otages survenue jeudi dernier sur le site gazier de Tigantourine, proche d’In Amenas. Si le bilan de l’intervention de l’armée algérienne fluctue, la question de la sécurité des expatriés est une nouvelle fois posée.

« Les industriels étrangers n’ont qu’une maîtrise très partielle de leur sécurité. Il leur est interdit de mandater des gardes armés civils », explique à Ouest-France, à propos du cas algérien, Bertrand Monnet, professeur à l’Edhec. Faute de pouvoir se protéger avec des moyens similaires à ceux de potentiels ravisseurs, les firmes doivent donc prendre des mesures intermédiaires, le recours à des sociétés de sécurité privée constituant un moyen possible. La limitation  des déplacements est également de mise, le risque d’enlèvement étant exacerbé dans certaines régions du globe, dont le Sahel.

Au Mali et dans la zone rouge définie au Niger et en Mauritanie, le ministère des Affaires étrangères rappelle « qu’aucune personne, aucun groupe, aucune organisation ne peut prétendre garantir » la sécurité des ressortissants français. Il est notamment conseillé de restreindre ses déplacements et d’appliquer les conseils relatifs aux pays de la couronne sahélienne.

Prendre en compte le risque en dehors des sites de production

L’enjeu consiste, pour les sociétés concernées, à assurer le bon fonctionnement de leurs activités avec du personnel en nombre restreint et en veillant à assurer non seulement la protection de leurs installations, mais aussi de celle de leurs salariés : pénalement et civilement responsable de ses salariés, un employeur  – s’il est, dans le cas présent, français – doit donc veiller à « évaluer les risques qui ne peuvent pas être évités » et « planifier la prévention » selon l’article L4121-2 du Code du travail.

Dans un arrêt rendu en 2011 relatif au cas d’une salariée de Sanofi Pasteur agressée en Côte d’Ivoire en-dehors du cadre professionnel, la Cour de Cassation a rejeté cet argument : étant donné que la victime se situait, du fait de son contrat de travail, « dans un lieu particulièrement exposé au risque » et, qu’en dépit des avertissements de celle-ci, l’employeur « n’avait pris aucune mesure de protection pour prévenir un dommage prévisible », celui-ci a vu son pourvoi rejeté. Il a manqué à ses obligations contractuelles. Dans une affaire plus grave, celle de l’attentat de Karachi qui avait fait, en 2002, douze morts à la Direction des constructions navales, l’entreprise avait été condamnée pour faute inexcusable.

Un arrêt de l’activité ou un rapatriement de l’ensemble des salariés d’un site étant particulièrement coûteux, la couverture de ce dernier cas par les assureurs étant sujet à des clauses variables selon les contrats, les entreprises opérant dans des zones à risque doivent  envisager différents scénarios d’exploitation, en fonction du nombre de salariés présents sur place, et s’adapter selon plusieurs niveaux d’alerte, à définir. Au Sahel, « depuis le début de la crise, les instructions du ministère des Affaires étrangères sont de rapatrier les personnels français non essentiels », a notamment expliqué un porte-parole de France Telecom.

Au quotidien, l’emploi de solutions de géolocalisation, de véhicules blindés, et de transport des salariés depuis leur domicile jusqu’à leur lieu de travail peuvent permettre de contenir certains risques. L’intégration des sociétés dans le tissu économique et social local n’est toutefois pas à négliger, tant d’un point de vue économique que sécuritaire.

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