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L'Homme au coeur de l'après-pétrole

Vivre sans pétrole (4/4). La demande de pétrole ne cesse d’augmenter, et notamment en Chine. Mais une partie de l’or noir disponible ne correspond pas aux besoins car il est plus compliqué à raffiner. Les prix s’envolent notamment de ce fait, d’autant plus que l’on est «en plein choc pétrolier et nul ne sait jusqu’où où cela peut aller» estimait en 2006 dans 20 Minutes Philippe Chalmin, président de Cyclope, un institut de recherche sur les matières premières. Les prix du pétrole ont un impact sur l’économie, et la flambée du brut (relevée depuis 2002) empiète sur le pouvoir d’achat des Français et peut freiner les investissements des entreprises. Les investissements consentis par des entrepreneurs et les potentielles alternatives au pétrole auront, elles aussi, des conséquences sur la population.

Des gisements de nouveau profitables

Certains gisements de pétrole deviennent rentables, alors que leurs propriétaires n’espéraient pas en tirer un quelconque bénéfice dans l’immédiat. La demande n’a jamais été aussi forte, les prix jamais aussi élevés: le marché de l’or noir ne faiblit pas. La baisse de certains coûts, grâce à de nouvelles techniques, conforte le choix de se lancer dans l’exploitation de puits de pétrole, d’autant plus si le raffinage en revient au client, étant donné son coût élevé. Mais une question est récurrente: les réserves de pétrole ne sont pas extensibles, y-a-t-il un risque de pénurie? Pour Christophe de Margerie, directeur de l’exploration-production de Total, «ce n’est pas un problème de réserves mais de capacités disponibles » (Challenges, juin 2006). En effet, certains pays ont choisi de ne pas augmenter leurs capacités de production: ils savent que, lorsqu’on ne produit pas, les prix montent. En ce qui concerne les réserves à proprement parler, il resterait, au niveau mondial, plus de quarante ans d’exploitation pétrolière selon BP. Ce chiffre, calculé par le biais du ratio réserves/production, ne prend pas en compte la pression de la consommation, qui a tendance à provoquer une augmentation de la production. Or, la croissance mondiale est actuellement de 2%: il ne resterait alors que trente années d’exploitation potentielle de l’or noir. Il faut cependant ajouter que les réserves prouvées américaines donnent un ration réserves/production de dix ans depuis quatre-vingts ans: les prévisions d’appauvrissement des ressources ne cessent d’être repoussées.

Selon les sources, les réserves prouvées mondiales varient de 1750 milliards de barils (un baril équivaut à 159 litres). Les réserves de pétrole sont variables du fait de trois raisons: économiques, techniques et politiques. Economiques, d’une part: les compagnies pétrolières ne déclenchent la production d’un gisement uniquement si l’opération s’avère rentable. Les projets ne sont donc déclenchés uniquement dès lors que le prix du baril est élevé: la période actuelle est propice à l’investissement dans ce type d’exploitations. Techniques, d’autre part: les profils de production établis à partir de modèles peuvent cacher des «bonnes» ou «mauvaises» surprises pour les compagnies pétrolières. Pour calculer les réserves d’un pays ou celles détenues par un exploitant pétrolier, on retire des réserves les quantités qui ont été produites pendant l’année, on y ajoute les volumes découverts dans le cadre de l’exploration, et on y ajoute ou retire les révisions de réserves des gisements en production. Politiques, enfin: lorsqu’ils leurs chiffres de réserves, les pays producteurs font passer un propos exprimant leur poids dans l’univers pétrolier. Le mode de calcul des chiffres n’est donc généralement pas indiqué.

Les réserves des majors sont, elles, stables. « Depuis trente ans, on a trente ans de réserves » affirme Jean-Louis Schilansky, délégué général de l’Union française des industries du pétrole. Les compagnies pétrolières trouvent d’une année sur l’autre l’équivalent de ce qu’elles ont extrait. Dans le cas de Shell, les réserves ont légèrement augmenté. Les nouveaux puits se trouvant dans des zones plus éloignées et à des profondeurs plus importantes, le coût de l’extraction augmente. Il est de 8,50 dollars pour un baril chez Total.

Aujourd’hui, l’utilisation des énergies d’origine fossile représente actuellement 90% de la consommation mondiale d’énergie. Compte tenu de leur risque d’épuisement, du niveau élevé d’émissions toxiques résultant de leur combustion et du risque que cela présente pour la préservation de l’environnement, ces diverses sources de désagrément – sinon de dangers – ont relancé le débat, déjà ancien, de la substitution des énergies dites renouvelables aux sources d’énergie fossile. Les deux chocs pétroliers des années soixante-dix ont ouvert des perspectives nouvelles quant à l’exploitation des sources d’énergie fossile, afin de réduire les émissions toxiques, qui contribuent à la formation de l’effet de serre, en particulier celles de dioxyde de carbone, de dioxyde de sulfure, de dioxyde d’azote et de monoxyde de carbone.

L’entrée en vigueur de normes environnementales plus strictes aux Etats-Unis sur la composition de l’essence, qui doit à présent inclure de l’éthanol, faisait en outre craindre une pénurie de carburant après le coup d’envoi, fin mai, de la haute saison de consommation américaine. Les produits pétroliers représentent aujourd’hui 4% de la consommation des ménages français, contre 6% en 1980. Les aspects financiers et écologiques sont donc des incitations à se tourner vers d’autres formes d’énergies, notamment renouvelables. Mais une autre énergie d’origine fossile, le charbon, pourrait tirer son épingle du jeu.

Le charbon, alternative fossile à l’or noir

Plus du quart des réserves de charbon se trouvent aux Etats-Unis. Ce combustible fossile, longtemps associé à la révolution industrielle (XIX° siècle), revient sur le devant de la scène au XXI° siècle. Aux Etats-Unis, le charbon redevient une alternative à l’or noir. L’Amérique dispose de 250 ans de réserves dans son sous-sol. Sans risque géopolitique quelconque, les mines américaines vont produire cette année 1,16 milliard de tonnes de charbon, soit 3,2% de plus qu’en 2005 selon la National Mining Association, qui représente les intérêts des sociétés minières américaines. Plus de 90% du charbon extrait des mines américaines est brûlé par des centrales pour produire l’électricité, ensuite fournie aux clients. Là aussi, l’extraction de cette énergie fossile nécessite de grands moyens: elle fait en effet appel à des camions gigantesques qui peuvent charger jusqu’à 270 tonnes de minerai.

L’utilisation du charbon dans les centrales thermiques est très importante; ces centrales fournissent 40 % de la production mondiale d’électricité, la moitié aux Etats-Unis et en Allemagne. Maintenant que le prix du gaz augmente et devient extrêmement instable, du fait du déclin de la production américaine, une centaine de nouvelles centrales à charbon sont en projet, pour un total de quelques 60 gigawatts, sur la période 2005-2013. C’est toutefois peu en comparaison avec la Chine, qui prévoit d’ajouter environ 70 nouvelles centrales à charbon par an.

Par contre rien ou presque n’a changé en matière d’émission de gaz à effet de serre. La question de l’environnement est cruciale dans le débat actuel sur l’énergie. Le charbon pollue lorsqu’il est brûlé pour la production d’électricité. Certes, les nouvelles centrales à charbon sont munies de filtres qui réduisent les émissions de dioxyde de carbone et de mercure (notamment), mais nombre de vieilles installations restent en service, ce qui contribue toujours au fait que l’Amérique soit le plus grand générateur de gaz à effet de serre.

Aux Etats-Unis, l’administration encourage le développement d’une nouvelle technologie qui transforme le charbon en gaz. L’idée résulte dans le fait que le charbon soit débarassé des métaux polluants, puis distillé sous une forme liquide. L’augmentation des prix du pétrole à des niveaux élevés pourrait appuyer ce projet, éventuel modèle aux futures centrales américaines. Il faut néanmoins rappeler que l’extraction de charbon n’est pas sans risque: en 2005, 28 mineurs de charbon ont péri dans des accidents aux Etats-Unis. Un différend oppose le syndicat des mineurs et l’administration Bush, accusée de ne pas sanctionner de façon assez sévère les exploitants de mines dans le cas où les règles de sécurité – très strictes – ne sont pas respectées, ce qui prouve que l’extraction d’énergies fossiles n’est pas «de tout repos».

Les biocarburants, une alternative contestable

Non seulement ils permettent de réduire les émissions de gaz à effet de serre, responsables du réchauffement climatique, et donc respectent les engagements pris avec le protocole de Kyoto, mais ils permettent aussi de trouver de nouveaux débouchés à l’agriculture, qui y voit une source de profits potentielle. Les biocarburants, carburants liquides ou gazeux issus de matières organiques ou végétales, sont employés dans l’automobile depuis 1898, date à laquelle la première voiture vendue par Ford fonctionne à 100% avec de l’éthanol (alcool obtenu par fermentation des plantes sucrières –canne, betterave- ou riches en amidon –blé, mais-).

Les biocarburants ne furent plus incorporés à l’essence en 1955, lorsqu’une industrie pétrolière peu coûteuse justifia leur abandon. On distingue trois biocarburants: le bioéthanol, le biodiesel, produit à partir d’oléagineux dont on extrait l’huile, et le biogaz, le méthane, obtenu après fermentation par des bactéries de déchets. L’huile végétale brute, quant à elle, est directement issue du pressage de graines oléagineuses, mais, en France, seuls les agriculteurs sont autorisés à l’utiliser. L’Union européenne préconise d’imposer au secteur pétrolier un taux obligatoire d’incorporation d’huile et d’alcool d’origine végétale dans les carburants traditionnels.

En France, le gouvernement s’est fixé des objectifs à propos de l’utilisation des carburants verts: leur production devra satisfaire 5,75% de la consommation totale de carburant en 2008, 7% en 2010, et 10% en 2015. L’Union européenne vise quant à elle les 5,75% en 2010. Cependant, en Europe, aucun biocarburant n’est compétitif face aux produits pétroliers: tandis que l’essence sans plomb coûte 0,38€ht/litre et le gazole 0,41, le biodiesel vaut 0,47€ht/litre. Le développement de cette filière suscite des interrogations, y compris chez les défenseurs de l’environnement, notamment sur la place prise par ces cultures. Pour les pays de l’UE, si l’objectif de 5,75% est atteint en 2010, 17 millions d’hectares, sur une surface agricole totale de 97 millions, seront consacrés aux biocarburants.

Cependant, l’efficacité de ces sources et la polémique provoquée par la restriction des parcelles destinées à l’alimentation ont entâché le développement des agrocarburants. Pour le premier vice-président de la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles), explique que “la priorité, c’est d’abord la production de biens alimentaires. Question biocarburants, la notion de temps est à prendre en compte. 1,1% des surfaces vont aujourd’hui aux biocarburants en Europe. On a besoin de gros moyens, et de temps. […] Les biocarburants atteindront au grand maximum 10% des surfaces agricoles”.

« La quasi-totalité de l’augmentation de la production mondiale de maïs, de 2004 à 2007, a été absorbée par la production de biocarburants aux Etats-Unis. Au même moment, l’augmentation de la consommation de maïs dans le monde asséchait les réserves existantes“, indique la Banque Mondiale dans une note publiée en avril dernier. L’environnement et le bien-être de la population seront donc au coeur des débats à venir sur les solutions à envisager pour l’après-pétrole.

Publié dansEconomie