Un an après, la crise alimentaire n'est toujours pas réglée

Il y a un an, la communauté internationale se mobilisait face à une crise alimentaire poussée par la hausse des cours, l’augmentation des surfaces dédiées aux carburants et l’accroissement de la demande mondiale. Une situation qui a peu changé.

Des inquiétudes sur les quantités. « Le rythme de croissance de la population mondiale, qui devrait compter 9 milliards de personnes en 2050, combiné à la baisse continue du rendement des terres agricoles, constitue un facteur de hausse durable des cours des céréales », expliquait en février dernier au Figaro Michel Portier, directeur d’Agritel, un cabinet de gestion spécialisé. Selon le ministère américain de l’Agriculture, les surfaces cultivées en maïs, blé et soja pourraient chuter de deux millions d’hectares cette année. Premiers exportateurs mondiaux de denrées agricoles, les Etats-Unis voient leurs surfaces emblavées reculer à la faveur d’une mise en jachère d’une large part des terres cultivables. Les difficultés à obtenir des crédits (les agriculteurs acquièrent les semences initiales), le recul des prix des céréales et l’accroissement des coûts de production peuvent expliquer ces chiffres.

Une situation toujours préoccupante. Les stocks de blé restent particulièrement bas, une tendance qui devrait se poursuivre à long terme : en Afrique, la dégradation de la qualité de certaines terres, liée pour partie à l’urbanisation galopante, pénalise la production, causant à la fois des déséquilibres internes et externes. Aux Etats-Unis, l’allocation des terres à la production de biocarburants fait toujours débat, même si le sujet prête moins à polémique qu’il y a un an. La Banque Mondiale rappelait alors qu’entre 2004 et 2007, la quasi-totalité de la production d’une autre céréale, le maïs, y a été engloutie par la production d’énergie d’origine végétale.

Le développement des usages non-alimentaires des céréales se répercute sur les cours: selon l’institut Global Insight, le diester et le bioéthanol représenteront 15% de la demande mondiale de carburant d’ici à 2030. Dans les pays émergents, le danger à long terme provient du manque de moyens pour cultiver de manière à répondre à la hausse effrénée de la demande. Le Fonds international de développement agricole estime que, pour y faire face, 50 % de nourriture supplémentaires dans vingt ans et 100 % de plus dans quatre ans devront être produits, des objectifs qui semblent difficilement atteignables.

Des perspectives favorables pour 2009. Néanmoins, la situation à court terme prête, sur le plan alimentaire, à l’apaisement : outre-Atlantique, la majorité des entreprises productrices de biocarburants font l’objet de difficultés financières. L’investissement massif dans ce secteur, prématuré, conjugué aux problèmes rencontrés parla filière automobile et la frilosité des investisseurs, a eu raison des projets dans ce domaine. Par ailleurs, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture estime qu’un record de production de céréales devrait être enregistré pour 2009, à 2.200 millions de tonnes, en hausse de 3,5 %. En parallèle, les prix des céréales devraient chuter d’environ 28 % cette année. Toutefois, ceux-ci pourraient, selon la Banque mondiale, remonter dès 2010 (+ 3 %), à la faveur d’une potentielle sortie de crise et des conditions d’octroi de crédits toujours délicates.

Des tensions toujours présentes. La crise alimentaire constitue toujours une crainte pour les organisations et institutions internationales. Le risque de spoliation des terres par des investisseurs étrangers, soucieux de trouver de nouveaux débouchés, représente une inquiétude majeure dont la population de Madagascar s’est récemment faite l’écho, à la suite d’un accord de cession de terres à une entreprise sud-coréenne. Les conditions climatiques qui rendent la production aléatoire, les mouvements sociaux (en Argentine, troisième exportateur mondial de soja, les fermiers, touchés contre la sécheresse, ont proteste contre une taxe à l’exportation) et le peu d’attrait à cultiver compte tenu de la faiblesse des prix représentent un terreau favorable à la résurgence d’une nouvelle crise alimentaire.