Aller au contenu

Relocalisations : quand les Etats-Unis montrent l’exemple

Le « made in USA » reprend de la vigueur : de grandes sociétés telles qu’Apple rapatrient une partie de leur production.

En faisant part de son intention de réimplanter aux Etats-Unis, en 2013, une partie de la production de Mac, pour un montant de 100 millions de dollars, Apple joue-t-il la carte qualitative ou médiatique ? Difficile à dire.

Le groupe, décrié pour les pratiques en vigueur chez son principal sous-traitant Foxconn, et sous les projecteurs en France pour les conditions de travail dans ses magasins, souhaite s’inscrire, selon son patron Tim Cook, dans une démarche sociale et environnementale. « Je pense que nous avons la responsabilité de créer des emplois », a-t-il expliqué à Bloomberg BusinessWeek, ajoutant que 600.000 emplois sont indirectement liés, aux Etats-Unis, à la forme. La R&D est localisée en Californie, tandis que le verre de l’iPhone provient du Kentucky.

Cette décision s’inscrit dans un mouvement de relocalisations ayant pris, aux Etats-Unis, une ampleur qu’envierait sans doute le ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg. Whirlpool a rapatrié une partie de la fabrication de ses mixeurs, et indique que 82 % des produits vendus aux Etats-Unis en émanent. Chez Ford, des arbres de transmission jusqu’alors produits au Mexique et au Japon le seront désormais aux Etats-Unis. L’entreprise s’est engagée à créer 12.000 emplois sur place jusqu’en 2015, contre des baisses de salaires.

Durant la campagne présidentielle, Barack Obama a appuyé l’engagement de nombreuses sociétés, parmi lesquelles le chimiste DuPont ou l’ascensoriste Otis. « C’est exactement le genre d’engagement dont nous avons besoin, particulièrement à ce moment crucial pour la classe moyenne », expliquait-t-il alors.

Parallèlement à ce phénomène, la Chine se transforme : les salaires y ont progressé sous la pression d’une contestation grandissante. Le fort accroissement du taux de change entre le dollar et le yuan pèse également dans les décisions des firmes américaines. Le Bangladesh ou le Vietnam constituent, pour certains industriels, des moyens de continuer à fortement maîtriser leurs coûts. Selon l’Organisation mondiale du travail, un ouvrier du secteur manufacturier perçoit 1,40 dollar de l’heure aux Philippines, contre 23,30 dollars aux Etats-Unis. La main d’œuvre y est chère, et la politique fiscale peu avantageuse : ces exemples de retours au pays restent par conséquent marginaux.

Suite à l’annonce d’Apple, HP a rappelé son engagement en faveur du made in USA : 2,9 millions de PC auront été produits par la société en 2012. HP n’occulte pas pour autant l’internationalisation de sa production, en expliquant que les PC sont montés sur les cinq continents, « être proche de nos clients nous aidant à répondre à leurs besoins avec rapidité et précision », selon la firme.

La France tire son épingle du jeu

Dans l’Hexagone, un des exemples les plus saillants en termes de relocalisation est incarné par Geneviève Lethu. Entre 2004 et 2009, le groupe a ramené la part de la fabrication asiatique de ses collections de 40 % à 10 %, en s’appuyant notamment sur son site de Thiers pour la coutellerie. Les problèmes récurrents de qualité, la chasse aux copies ainsi que la renommée du made in France ont convaincu l’entreprise

Les skis Rossignol, la tablette d’aide culinaire Qooq ou certains composants de la société 3S Photonics sont eux aussi désormais fabriqués en France, la fidélité du personnel ou le crédit d’impôt recherche constituant autant de raisons, pour ces entreprises, de s’être de nouveau appuyé sur des compétences françaises. L’alliance de la qualité et d’incitations fiscales semble être, dans certains cas, un cocktail gagnant.

Publié dansEconomieEntreprisesIndustrie