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Le Grand Paris en question

Une semaine sur deux, l’actualité économique et sociale des collectivités territoriales est en débat sur Problématiques. L’aire d’influence de la capitale ne peut se concevoir, selon ses défenseurs, que par l’élaboration d’une institution ou d’actions concrètes restructurant la métropole parisienne.

En suggérant de fusionner les quatre départements de la petite couronne encerclant Paris, Edouard Balladur, président du comité chargé de la réforme des collectivités, a apporté un nouvel élément politique au « Grand Paris », cette volonté d’élargir le périmètre de la capitale par divers liens, tels que la gouvernance, l’architecture ou les pôles de recherche. Idée en vogue depuis de nombreuses années, souvent par le biais d’associations d’élus ou d’études, l’élargissement de l’aire d’influence parisienne a été souhaitée par le président de la République Nicolas Sarkozy dès son entrée en fonction, avec la nomination d’un secrétaire d’Etat à la région-capitale, Christian Blanc.

Un coup d’accélérateur à cette volonté a été donné avec la présentation de projets émanant de prestigieux cabinets d’architecture. Au-delà de quelques réalisations symboliques (coulées vertes, délocalisation de gares…), c’est la notion même d’unité de la région parisienne qui est remise en question. Le 12 mars, un oral départagera les candidats au Conseil économique et social. « C’est un vrai projet de civilisation. Il s’agit de fabriquer une métropole dans laquelle il n’y a plus d’apartheid. Le rayonnement mondial de Paris est très lié à sa beauté. Nous voulons mettre du « beau » dans les banlieues », explique au Figaro l’architecte Roland Castro. Cette vision urbaniste de l’agglomération parisienne permettra aux autorités d’affiner davantage leur projet, et notamment pour Christian Blanc, qui étonne par son mutisme depuis sa nomination. Après avoir émis de vives critiques sur le Schéma d’aménagement de la région Ile-de-France, voté par le Conseil régional, censé planifier les principaux axes de développement pour les trente ans à venir, il s’est réfugié derrière un projet encore flou mêlant transports – une grande rocade ferrée, bien plus large que les projets actuels – et économie.

Les transports seront au cœur du débat. Aujourd’hui, leur gestion dépend du Syndicat des transports d’Ile-de-France (Stif), dirigé par le président du Conseil régional d’Ile-de-France (actuellement, l’élu PS Jean-Paul Huchon). En coordonnant l’activité de la RATP, de la SNCF et du réseau Optile dans ses limites de compétence, il présente un modèle de cohérence qui pourrait être décliné à d’autres institutions : une autorité définissant les créations de lignes, harmonisant la tarification et arbitrant les financements. Afin de soulager un réseau congestionné, différents projets ont été élaborés par différentes organisations, de l’Orbival val-de-marnais au Métrophérique de la RATP en passant par l’Arc Express régional, encerclant la petite couronne. Récemment, le projet Grand Tram a été relancé, mettant l’accent sur les liaisons de banlieue à banlieue, un des enjeux de ce « Grand Paris » : après le réseau en étoile, place à un maillage plus fin.

Un périmètre délimité par la grande couronne

La nécessité d’un « Grand Paris » a été évoquée au plus haut niveau il y a deux ans par le Chef de l’Etat, déplorant que Paris soit « la seule agglomération de France à ne pas avoir de communauté urbaine », puis appuyée au printemps 2008 par le rapport du sénateur UMP Philippe Dallier, maire de Pavillons-sous-Bois (93). Dans ce document de 250 pages, la comparaison avec la structure londonienne est de mise : outre-Manche, la capitale jouit d’un statut privilégié, où un homme fort supervise à la fois Londres même et ses alentours. Mettre en place une politique économique cohérente devient dès lors possible, avec un champ d’action couvrant un périmètre de 20 kilomètres.

Dans le cadre de l’agglomération parisienne, si l’on retient le champ proposé par Edouard Balladur, le rayon serait légèrement plus étroit, englobant un mille-feuille de collectivités souvent complexe à appréhender pour les investisseurs : 4 départements (Paris, Hauts-de-Seine, Seine-Saint-Denis, Val-de-Marne), 11 communautés d’agglomération, 4 communautés de communes et 124 villes. Les villes nouvelles crées dans les années 1960 (Marne-la-Vallée, Cergy-Pontoise…) seraient exclues,  à l’heure actuelle, du dispositif compte tenu de leur position relativement éloignée de la capitale. Seul l’architecte Antoine Rufenacht repousse les limites du « Grand Paris » jusqu’au Havre, avec la Seine pour fil conducteur.

Pour les auteurs du rapport Dallier, l’enjeu est primordial : il ne s’agit ni plus ni moins de « donner à la métropole les moyens de conserver son rayonnement mondial et de retrouver sa cohésion économique, sociale et urbaine ».

Publié dansActualité socialeSociété