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Poissons des grands fonds: la grande distribution prise en étau

Les ONG mettent la pression sur la grande distribution pour les pousser à retirer de la vente certaines espèces particulièrement menacées.

En lançant une campagne destinée à inciter les distributeurs à retirer de la vente les espèces des grands fonds que la surpêche menace, l’ONG Greenpeace, conjointement avec d’autres organisations, déplace ses actions sur le terrain de la grande consommation. 70 % des ventes de poissons sont réalisées en grandes et moyennes surfaces, mais, selon les chiffres fournis par l’hebdomadaire professionnel LSA, au maximum 10 % des ventes sont liées à des espèces menacées.

« Les supermarchés sont des acteurs majeurs qui peuvent changer la donne car une grande majorité des achats de produits de la mer se fait dans ces points de vente », a expliqué le représentant français de Greenpeace lors du lancement de l’opération. Les espèces des grands fonds peinent à se renouveler en raison de deux principaux facteurs, à savoir leur lente reproduction et leur extraordinaire longévité.

Même si elles refusent de faire les frais d’une campagne particulière, les enseignes se mettent à la page et commencent à prendre des initiatives en faveur d’une protection des espèces les plus menacées. Carrefour a cessé la vente de thons rouges de Méditerranée, d’empereurs et de lingues bleues; tandis qu’Intermarché et Netto ne commercialiseront plus d’empereurs à compter de l’an prochain. La vente de requins est également sur la sellette (Auchan). En quinze ans, la population de requins a reculé de moitié.

Ces mesures, qui ne sont qu’une partie des actions mises en oeuvre par la grande distribution, n’empêchent toutefois pas un regard distancié sur l’appel lancé par Greenpeace. « Les écologistes refusent de le croire, mais avec les crises successives que notre secteur a traversées et les quotias drastiques imposés par l’Europe, les prises ont énormément diminué », rappelle Fabien Dulon, directeur de l’armement des Mousquetaires, la Scapêche. A noter également que selon l’Organisation des Nations Unies pour l’agriculture et l’alimentation, la pêche dans les grands fonds marins ne représente que 0,3 % des captures globales.

Au plan national, la question des quotas

« A ce jour, les scientifiques n’ont cartographié qu’une surface équivalente à celle de Paris et considèrent que ces écosystèmes abritent entre 10 et 30 millions d’espèces encore inconnues », indique à Geo Claire Nouvian, fondatrice de Bloom, une association de conservation marine. Il n’en reste pas moins que la préservation des ressources constitue une priorité pour tous les acteurs du secteur, afin de pouvoir maintenir et offrir une large palette d’espèces différentes. Les Assises de la Pêche, lancées début octobre, s’inscrivent dans cette logique.

Les organisations syndicales, les élus, les représentants de la société civile, de l’administration et des centres d’expertises et les organisations professionnelles sont réunies afin, notamment, de préparer la position de la France en vue la réforme de la politique commune de la pêche prévue pour 2012. La France doit également définir ses positions en matière de quotas.

Les acteurs jouent gros : la grande distribution, qui commence tout juste à développer des projets significatifs dans le domaine des énergies renouvelables, ne peut laisser passer une occasion de renforcer ses actions – et les retombées que cela impliques – en faveur de l’environnement. Les enjeux en termes d’image sont particulièrement nombreux.

Publié dansEnvironnement-SantéSociété