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Pétrole: les raisons d'une nouvelle flambée

Après avoir connu une chute spectaculaire depuis l’automne dernier, les cours du pétrole sont repartis à la hausse de manière effrénée.

C’est un rebond aussi inattendu que surprenant auquel la communauté internationale assiste, depuis plusieurs semaines, sur le front des cours du pétrole. Selon l’Agence américaine d’information sur l’énergie (EIA), la demande d’or noir va reculer de 1,8 million de barils par jour cette année, sous la pression des effets de la crise, avant de repartir à la hausse en 2010. Les investisseurs semblent, depuis le plus-bas atteint en décembre à 32,40 dollars le baril de pétrole brut WTI, anticiper la reprise économique en s’intéressant de nouveau aux matières premières. Les courbes donnent le sentiment de véritables « montagnes russes », avec une hausse vertigineuse des cours au premier semestre 2008, suivie d’une décrue aussi rapide puis de la remontée que l’on connaît actuellement.

« L’envolée des prix du pétrole sur le marché new-yorkais pourrait n’être que la première étape de la flambée du brut qui, selon nous, va accompagner le redressement de l’activité économique », ont expliqué la semaine dernière les analystes de Goldman Sachs, qui tablent sur un prix moyen du baril à 85 dollars cette année, vingt dollars au-dessus de leur précédente estimation. Le relatif rétablissement de l’économie, accompagné de la volonté de l’Opep de limiter les dégâts de la crise, sont à même d’expliquer ce rebond. L’EIA a indiqué que la rente des pays membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole devrait reculer de 45 % cette année. L’année 2009 s’annonce sous de meilleurs auspices, le seuil des 70 dollars ayant été franchi début juin, une première depuis le mois de novembre dernier.

Les statistiques publiées par BP apportent de l’eau au moulin des membres du cartel pétrolier. Selon la compagnie, qui recoupe ses données avec les chiffres officiels, les réserves prouvées d’or noir ont diminué de 0,2 % l’an dernier, pour la première fois en dix ans. On estime le nombre de barils pouvant être produits à 1.258 milliards, soit l’équivalent de quarante-deux ans de consommation au rythme actuel.

L’actuelle hausse des cours permet aux compagnies de reprendre les programmes d’exploration-production mis en sommeil fin 2008 : « les prix, tout en se montrant fortement volatils au gré en particulier des fluctuations du dollar, pourraient ainsi s’établir dans une fourchette rationnelle comprise entre 60 et 80 dollars, un niveau suffisant pour développer les bruts marginaux, notamment les sables bitumineux », indique au Journal des Finances Guy Maisonnier, économiste à l’Institut français du pétrole. Dans l’Alberta, la plupart des projets sont au ralenti depuis plusieurs mois, pénalisant l’économie de cette région canadienne.

A la recherche d’un prix d’équilibre

Au-delà de l’anticipation d’une potentielle reprise durable de l’économie, les cours sont poussés à la hausse sous le joug de l’affaiblissement du dollar. La remontée de l’euro face à la devise américaine favorise les biens libellés en dollars, parmi lesquels le pétrole : l’augmentation des prix se retrouve compensée par la faiblesse de la monnaie. Par ailleurs, les banques centrales des pays exportateurs de pétrole gèrent différemment leurs réserves de changes depuis quelques années, et ne souhaitent plus détenir uniquement du dollar. A ce mécanisme lié aux monnaies s’ajoute le regain d’intérêt des investisseurs pour les ressources naturelles. 3,1 milliards de dollars ont été injectés sur les matières premières depuis le début du mois d’avril, selon la banque suisse UBS. Dans ce contexte, depuis février, le prix du baril de brut affiche un bond de 110 % !

La recherche d’un véritable prix d’équilibre peut, enfin, expliquer cette poussée des cours. L’Opep a intérêt à agir en faveur de cette remontée: pour les producteurs, le prix d’équilibre se situerait entre 70 et 90 dollars le baril, dix dollars au-dessus du coût réel de production tel qu’il est estimé par les spécialistes. Le ministre koweïtien du pétrole a d’ores et déjà été clair : le cartel ne modifiera son niveau de production que lorsque la barre des 100 dollars sera (de nouveau) atteinte.

Publié dansEconomie