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Le "binge drinking" fait sombrer les jeunes Français

« Toutes les études ont montré que plus les rencontres avec l’ivresse se faisaient tôt dans l’adolescence, plus il y avait statistiquement de risques pour l’avenir« , explique au Monde le médecin Didier Payoust. Or, l’alcool séduit de manière de plus en plus précoce les jeunes européens, et en particulier les Français. Dans l’Hexagone, chez les moins de 17 ans, 26 % des adolescents ont été ivres au moins trois fois en 2005. Ce chiffre ne s’élevait qu’à 20 % en 2003. Près de 10 % d’entre eux l’ont été au moins dix fois en 2005, contre 6,4 % en 2003. Cette réalité, qui n’est pas sans rappeler les beuveries plus connues chez les jeunes anglais, vient se heurter à une évolution des comportements tant souhaitée par les autorités.

Car aujourd’hui, l’alcool n’est plus seulement perçu par une partie des adolescents comme une boisson avant tout destinée à un usage occasionnel, mais comme l’ultime moyen – en vente libre qui plus est -, de parvenir à un état d’euphorie et de « défonce » recherché. Récemment, c’est l’histoire de cette jeune campeuse de 16 ans qui a remis sur le devant de la scène la pratique du « binge drinking ». En vacances dans un camping breton, l’adolescente avait acheté trois bouteilles d’alcool fort avant d’être retrouvée en état d’hypothermie et victime d’un coma éthylique. Elle avait trois grammes d’alcool dans le sang. Le père de la jeune femme a porté plainte contre le supermarché dans lequel cette dernière avait fait ses achats.

Un responsable de supermarché indique au Figaro qu’il est « toujours délicat pour un caissier se retrouvant face à plusieurs jeunes de systématiquement demander une pièce d’identité« . La ministre de la Santé Roselyne Bachelot avait présenté le mois dernier un plan destiné à enrayer la consommation d’alcool chez les mineurs, interdisant dès 2009 la vente aux mineurs d’alcool, et non plus aux seuls moins de 16 ans. Des cas de comas éthyliques s’étant produit dans ou à proximité de lycées dans les semaines précédentes avaient mis en alerte les autorités.

« Il faudra que la loi nous autorise clairement à exercer des contrôles. Aujourd’hui, la situation est compliquée car nous n’avons pas interdiction de le faire mais nous n’y sommes pas autorisés non plus« , rappelle, toujours dans le Figaro, le président de la Fédération des entreprises du commerce et de la distribution Jérôme Bédier. Il propose notamment que ces contrôles puissent être exercés par les agents de sécurité, plus légitimes selon lui que les hôtes de caisse. Les « open bars« , ces tranches horaires au cours desquelles l’alcool est vendu moins cher, pourraient par ailleurs être encadrés.

Au-delà du danger immédiat et à plus long terme qu’implique la recherche de la beuverie voire du coma éthylique, le docteur Georges Picherot, en charge des urgences pédiatriques au CHU de Nantes, estime que « le binge drinking répond quasi-systématiquement à une situation de détresse. Celle-ci peut venir d’un événement précis ou d’un mal-être plus chronique« . Il s’exprimait récemment dans Libération. La Commission européenne a annoncé qu’elle se penchait sur la question. Dans ce contexte de montée en puissance de l’alcoolisme chez les jeunes, la chaîne franco-allemande Arte proposera ce jeudi à 22.25 une soirée thématique autour du sujet, avec un documentaire intitulé 14 ans et 1,4 grammes dans le sang.

Publié dansActualité socialeSociété

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