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Eolien offshore: la France passe à l'offensive

Soucieuses de rattraper leur retard sur nos voisins européens, les autorités s’activent pour développer le plus rapidement possible de fortes capacités de production en matière d’éolien offshore.

L’inauguration, au début de l’été, de la première des douze éoliennes qui composeront le futur parc offshore allemand Alpha Venture constitue un signal fort des efforts fournis, ces derniers mois, par les acteurs autant privés que publics pour développer les énergies marines. Un consortium de trois énergéticiens a conduit ce projet d’un montant total de 250 millions d’euros, un investissement colossal qui sera compensé par un relèvement du tarif de rachat de l’électricité de 9 à 15 centimes d’euro par kilowattheure.

A l’heure où les énergies renouvelables deviennent une priorité, l’immense patrimoine maritime de l’Europe fait figure d’eldorado, tant du côté politique où de nouveaux projets peuvent être mis en oeuvre, qu’entrepreneurial: les investissements demandés pour de telles constructions nécessitent de faire appel au privé, que ce soit sous forme de partenariat, de concession ou de coup de pouce comme outre-Rhin. La France souhaite se positionner rapidement sur ce créneau, avec un budget de 100 millions d’euros à destination des énergies renouvelables marines, contre 30 millions d’euros pour la précédente enveloppe.

Le Grenelle de la Mer a permis de clarifier la position gouvernementale dans ce domaine, avec une feuille de route résolument offensive. Il s’agit, pour Jean-Louis Borloo, de « sanctuariser des zones littorales où pourront être menés dans de bonnes conditions technico-économiques des projets éoliens maritimes. Notre volontarisme est un peu le pendant maritime des schémas de développement régionaux que nous mettons en place sur l’éolien terrestre », expliquait-t-il au printemps lors de l’installation d’instances de concertation dédiées. La mesure la plus forte réside dans l’offre tarifaire fortement incitative d’EDF: le tarif de rachat de l’électricité produite en mer s’élèvera à 130 euros le MW/h, contre 82 euros le MW/h pour l’éolien terrestre.

L’émergence de nouveaux acteurs est également de nature à favoriser le développement de l’éolien offshore, censé être plus simple à faire accepter à la population que dans les terres. Le groupe allemand WPD planche sur trois projets, dont un en Vendée. Poweo étudierait pour sa part un investissement de 500 millions d’euros dans la baie de Saint-Brieuc, avec un mode de production différent des centrales jusqu’alors développées par l’opérateur alternatif. Un centre d’essai « de rang mondial » sur les énergies marines sera prochainement crée: raison de plus pour ces entreprises de se positionner dès maintenant.

Des obstacles techniques et juridiques

Techniquement, les éoliennes ancrées entre 35 et 300 mètres de fond sont reliées par câble aux installations côtières, à même de dispatcher l’énergie produite. Dans le but de réduire les coûts, l’éloignement des pâles n’excède jamais vingt kilomètres, avec la nécessité de bâtir dans des eaux peu profondes. Les matériels semi-submersibles se révèlent encore chers à l’achat, et leur maintenance technique s’avère peu aisée: le développement de parcs éoliens offshore doit par conséquent s’effectuer de manière groupée et en masse. Une concertation a récemment été lancée par le ministère de l’Ecologie en vue de l’inauguration de dix fermes éoliennes sur chaque façade maritime.

Cet interventionnisme du ministère était réclamé de longue date par nombre de professionnels, soucieux d’évoluer dans un cadre juridique clair et favorable à leur activité. De nombreux déboires à l’étranger ont découragé de nombreuses firmes pourtant prêtes à réaliser de forts investissements. « Nous allons mettre en œuvre une planification stratégique avec une définition du zonage pour l’installation de parcs éoliens. Cette planification sera réalisée par l’Etat, en concertation avec les différents acteurs concernés », indiquait en novembre dernier à Actu-Environnement Philippe Gouverneur, directeur d’Enertag, qui réalise le premier parc français en Seine-Maritime.

Cette préparation active de la part des autorités laisse toutefois en suspens une inconnue de taille: la capacité des acteurs à entièrement financer leurs projets, les séquelles de la crise restant encore présentes.

Publié dansEnvironnement-SantéSociété