Conférence: le devenir de l'agriculture en débat

Compte-rendu

« Quelles agricultures pour demain ? » -Le ministère de l’Agriculture et de la Pêche organisait mercredi dernier une nouvelle journée de conférences destinée à appréhender les défis qui se posent et se poseront autour de l’agriculture et des secteurs qui en découlent. Au programme, quatre débats – Horizons 2030: nouveaux défis; Quand les jeunes imaginent les futurs possibles; Quelles innovations au service de l’agriculture ? et enfin A qui appartiendra la campagne ? -. Problématiques.fr propose une synthèse thématique des échanges.

Crise alimentaire: quels constats ?

Selon la FAO (l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture), les prix alimentaires ont progressé de 65% en l’espace de six ans. La hausse est de 30% entre janvier 2007 et janvier 2008. La Banque Mondiale dresse quant à elle un bilan plus alarmiste: depuis 2005, les prix alimentaires ont augmenté de 83% selon l’institution. « Les pauvres souffrent quotidiennement de l’impact des prix élevés de la nourriture, spécialement dans les zones urbaines et dans les pays à faibles revenus« , a ainsi expliqué son directeur Robert Zoellick. En cause: une demande en constante augmentation, la hausse des coûts de production, la baisse du volume des productions destinées à l’exportation et le renforcement des mouvements spéculatifs.

Le scientifique Pierre Radanne explique que « nous connaissons maintenant quelle va être la valeur fondamentale du 21° siècle: l’optimisation de l’utilisation des ressources. Mais il existe des points à résoudre: par exemple, en France, nous n’avons pas de politique du sol! Ce siècle nous pose une question: quand serez-vous capable d’avoir une stabilisation de l’ensemble des ressources ?« 

Hervé Lejeune, directeur de cabinet du directeur général de la FAO, l’Organisation mondiale pour l’alimentation et l’agriculture, explique que son institution avait « mis en garde dès octobre 2007 quant à l’ampleur qu’aurait pu prendre cette crise. En France, indique t-il, il y a deux-trois ans, des produits financiers proposaient de parier sur la hausse des prix alimentaires, comme un prélude à cette crise. Mais tant qu’il n’y a pas eu d’émeutes de la faim, tout le monde s’en est fichu. Sur certaines catégories de riz, les prix ont grimpé de plus de 150%! » Jean-Pierre Poulain, professeur à l’Université de Toulouse-Le Mirail, rappelle pour sa part que « le déplacement de mouvements spéculatifs n’est pas prévisible. Ce facteur est à ne pas ignorer ».

L’après-midi, le débat a rebondi sur les biocarburants. Xavier Beulin, premier vice-président de la FNSEA, explique que « la priorité, c’est d’abord la production de biens alimentaires. Question biocarburants, la notion de temps est à prendre en compte. 1,1% des surfaces vont aujourd’hui aux biocarburants en Europe. On a besoin de gros moyens, et de temps. [...] Les biocarburants atteindront au grand maximum 10% des surfaces agricoles ».

Quelles innovations au service de l’agriculture ?

Le débat a été introduit par un mini-documentaire mettant en valeur plusieurs objectifs des recherches en cours dans le secteur de l’agriculture: optimiser au mieux le rendement de la parcelle, stimuler la croissance d’un arbre, maîtriser les effets non-intentionnels des pesticides et cultures transgéniques, fabriquer des molécules à partir de matières premières agricoles, élever des auxiliaires pour lutter contre les pucerons et certaines mouches.

Xavier Beulin, premier vice-président de la FNSEA, explique que les mécanismes d’aide à la décision pour le producteur se concrétisent, et permettent par exemple d’ajuster les doses d’engrais. Robert Habib, directeur scientifique au Centre de coopération internationale en recherche agronomique, indique que ces innovations constituent « le scénario tendanciel de ce qu’on voit dans les laboratoires. Il faut étudier les interactions entre une variété (un génome) et l’environnement ».

Face à cette profusion d’innovations, le journaliste scientifique Mac Lesggy met cependant en garde quant à la réception que peuvent en faire les consommateurs. « Le citoyen n’est plus prêt à avaler cette innovation comme il y a trente, cinquante ans. Le consommateur veut voir des améliorations; ce qu’il y a dans son assiette. Demandez à un Français moyen ce qu’est un poulet fermier ? Ginette et Marcel ! L’image que se fait le Français moyen de l’agriculture et des agriculteurs est éloignée de la réalité« , analyse-t-il, insistant sur la dimension concrète des nouveautés et de l’image d’Epinal véhiculée par les agriculteurs.

Quels rapports entre ville et campagne ?

Les clichés sur la campagne et ses habitants sont nombreux. Or, c’est un univers en mutation qui accueille les agriculteurs, comme le rappelle le sociologue Jean Viard: « l’exode rural est terminé. Depuis 2000, la campagne ne se dépeuple plus. Il y a certes une baisse du nombre d’agriculteurs, mais pas du nombre d’habitants. La campagne se repeuple. C’était le monde des paysans – à mon avis, c’est en train de se défaire ».

Jérôme Bignon, président du Conseil national du Littoral, ajoute que « c’est relativement récent que les français habitent en ville: la bascule s’est faite en 1930. Je suis élu local; 45% de la population active travaille à l’usine, dans une circonscription d’apparence rurale. En ville, on parle de concentration. A la campagne, on assiste à un éparpillement qui n’a pas encore été compensé par de nouveaux réseaux ». Freddy Merckling, directeur de l’exploitation agricole dans un établissement d’Obernai, explique pour sa part qu’en Alsace, il y a « une très forte densité de population. On se considère beaucoup plus comme des rurbains. L’avantage, ce sont les clients (qui viennent de la ville). L’inconvénient: la pression foncière. Il existe une tension lorsque des projets agricoles (notamment en matière d’élevage) veulent s’installer« .

« On est à un tournant. On assiste à un repeuplement de la campagne. On est dans le même monde. Les paysans ont la possibilité de redevenir conquérants: on se rend compte que l’agriculture redevient importante. Il faut redonner confiance aux agriculteurs« , conclut Jean Viard.

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