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Charbon, biocarburants: l'après-pétrole semble encore compromis

Chaque jour, le pétrole est plus cher. Les cours du pétrole est constitués par un ensemble de prix déterminés par les opérateurs du marchés pétrolier, concernant notamment sa valeur propre mais aussi sa valeur spéculative. Son cours est amené à évoluer en fonction de l’actualité internationale, le pétrole étant une ressource stratégique.

Les prix du pétrole ont été multipliés par six depuis 2002 et ont doublé depuis l’an dernier. La demande croissante, émanant de Chine et d’autres pays émergents a considérablement fait grimper les cours.

Le pétrole est issu de la décomposition de matières organiques végétales et animales qui se sont accumulées au fond des océans il y a des millions d’années. Cette matière organique s’enfonce alors à des profondeurs qui ne cessent d’être importantes; avec la chaleur interne de la Terre et la pression, l’ensemble des matières organiques ont été lentement décomposées en gaz et en un liquide plus ou moins visqueux dénommé «pétrole». On parle de produit fossile, comme pour le charbon, du fait de la durée nécessaire pour la formation des sédiments, de l’ordre de dizaines de millions d’années. Le pétrole est un mélange d’hydrocarbures. On distingue les différents types de pétrole selon leur densité, leur fluidité, leur teneur en soufre ou en différentes classes d’hydrocarbures. L’augmentation des prix du pétrole conduit à trouver d’autres énergies, si possibles renouvelables. Les gisements les plus importants de pétrole se situent dans la région du golfe Arabo-Persique qui représente les deux tiers des réserves mondiales.

Les besoins énergétiques mondiaux sont, encore aujourd’hui, couverts à 44% par le pétrole, alors que ce combustible fossile ne représente que 16% environ des réserves énergétiques mondiales. Au début des années quatre-vingt-dix, les réserves de pétrole ont été estimées à 137 milliards de tonnes, ce qui représente environ 45 à 50 ans de production. On évalue par ailleurs à 60 milliards de tonnes les réserves probables. Au rythme actuel, on estime que l’humanité dispose de réserves jusqu’à la fin du XXIe siècle. Au-delà, et sous réserve de la découverte de nouveaux gisements, seules les réserves dites spéculatives – pétrole situé en mer profonde dans les zones polaires ou situé dans les schistes bitumeux – permettront d’assurer les besoins en énergie. C’est donc par rapport au pétrole que les risques d’épuisement des énergies fossiles sont les plus graves.

Aujourd’hui, l’utilisation des énergies d’origine fossile représente actuellement 90% de la consommation mondiale d’énergie. Compte tenu de leur risque d’épuisement, du niveau élevé d’émissions toxiques résultant de leur combustion et du risque que cela présente pour la préservation de l’environnement, ces diverses sources de désagrément – sinon de dangers – ont relancé le débat, déjà ancien, de la substitution des énergies dites renouvelables aux sources d’énergie fossile. Les deux chocs pétroliers des années soixante-dix ont ouvert des perspectives nouvelles quant à l’exploitation des sources d’énergie fossile, afin de réduire les émissions toxiques, qui contribuent à la formation de l’effet de serre, en particulier celles de dioxyde de carbone, de dioxyde de sulfure, de dioxyde d’azote et de monoxyde de carbone.

L’entrée en vigueur de normes environnementales plus strictes aux Etats-Unis sur la composition de l’essence, qui doit à présent inclure de l’éthanol, faisait en outre craindre une pénurie de carburant après le coup d’envoi, fin mai, de la haute saison de consommation américaine. Les produits pétroliers représentent aujourd’hui 4% de la consommation des ménages français, contre 6% en 1980. Les aspects financiers et écologiques sont donc des incitations à se tourner vers d’autres formes d’énergies, notamment renouvelables. Mais une autre énergie d’origine fossile, le charbon, pourrait tirer son épingle du jeu.

Le charbon, alternative fossile à l’or noir

Plus du quart des réserves de charbon se trouvent aux Etats-Unis. Ce combustible fossile, longtemps associé à la révolution industrielle (XIX° siècle), revient sur le devant de la scène au XXI° siècle. Aux Etats-Unis, le charbon redevient une alternative à l’or noir. L’Amérique dispose de 250 ans de réserves dans son sous-sol. Sans risque géopolitique quelconque, les mines américaines vont produire cette année 1,16 milliard de tonnes de charbon, soit 3,2% de plus qu’en 2005 selon la National Mining Association, qui représente les intérêts des sociétés minières américaines. Plus de 90% du charbon extrait des mines américaines est brûlé par des centrales pour produire l’électricité, ensuite fournie aux clients. Là aussi, l’extraction de cette énergie fossile nécessite de grands moyens: elle fait en effet appel à des camions gigantesques qui peuvent charger jusqu’à 270 tonnes de minerai.

L’utilisation du charbon dans les centrales thermiques est très importante; ces centrales fournissent 40 % de la production mondiale d’électricité, la moitié aux Etats-Unis et en Allemagne. Longtemps considéré comme dépassé, l’intérêt du charbon revient quand les besoins énergétiques atteignent les capacités maximales de production de pétrole ou de gaz naturel, renchérissant leur coût.

Ainsi, les États-Unis n’avaient construit qu’une poignée de nouvelles centrales électriques au charbon au cours des années 90, les compagnies électriques préférant construire des centrales à gaz. Maintenant que le prix du gaz augmente et devient extrêmement instable, du fait du déclin de la production américaine, une centaine de nouvelles centrales à charbon sont en projet, pour un total de quelques 60 gigawatts, sur la période 2005-2013. C’est toutefois peu en comparaison avec la Chine, qui prévoit d’ajouter environ 70 nouvelles centrales à charbon par an.

L’utilisation du charbon, notamment dans les centrales électriques, a fait et continue à faire des progrès énormes en matière de réduction des émissions de polluants tels que le soufre, les oxydes d’azote et les particules fines. Par contre rien ou presque n’a changé en matière d’émission de gaz à effet de serre. La question de l’environnement est cruciale dans le débat actuel sur l’énergie. Le charbon pollue lorsqu’il est brûlé pour la production d’électricité. Certes, les nouvelles centrales à charbon sont munies de filtres qui réduisent les émissions de dioxyde de carbone et de mercure (notamment), mais nombre de vieilles installations restent en service, ce qui contribue toujours au fait que l’Amérique soit le plus grand générateur de gaz à effet de serre. Aux Etats-Unis, l’administration encourage le développement d’une nouvelle technologie qui transforme le charbon en gaz. L’idée résulte dans le fait que le charbon soit débarassé des métaux polluants, puis distillé sous une forme liquide.

L’augmentation des prix du pétrole à des niveaux élevés pourrait appuyer ce projet, éventuel modèle aux futures centrales américaines. Il faut néanmoins rappeler que l’extraction de charbon n’est pas sans risque: en 2005, 28 mineurs de charbon ont péri dans des accidents aux Etats-Unis. Un différend oppose le syndicat des mineurs et l’administration Bush, accusée de ne pas sanctionner de façon assez sévère les exploitants de mines dans le cas où les règles de sécurité – très strictes – ne sont pas respectées, ce qui prouve que l’extraction d’énergies fossiles n’est pas «de tout repos».

Les biocarburants, alternative contestée

Non seulement ils permettent de réduire les émissions de gaz à effet de serre, responsables du réchauffement climatique, et donc respectent les engagements pris avec le protocole de Kyoto, mais ils permettent aussi de trouver de nouveaux débouchés à l’agriculture, qui y voit une source de profits potentielle. Les biocarburants, carburants liquides ou gazeux issus de matières organiques ou végétales, sont employés dans l’automobile depuis 1898, date à laquelle la pre-mière voiture vendue par Ford fonctionne à 100% avec de l’éthanol (alcool obtenu par fermentation des plantes sucrières –canne, betterave- ou riches en amidon –blé, mais-). Les biocarburants ne furent plus incorporés à l’essence en 1955, lorsqu’une industrie pétrolière peu coûteuse justifia leur abandon. On distingue trois biocarburants: le bioéthanol, le biodiesel, produit à partir d’oléagineux dont on extrait l’huile, et le biogaz, le méthane, obtenu après fermentation par des bactéries de déchets. L’huile végétale brute, quant à elle, est directement issue du pressage de graines oléagineuses, mais, en France, seuls les agriculteurs sont autorisés à l’utiliser. L’Union européenne préconise d’imposer au secteur pétrolier un taux obligatoire d’incorporation d’huile et d’alcool d’origine végétale dans les carburants traditionnels.

La place prise par ces cultures au détriment des terres agricoles fait cependant peser un doute sur la pertinence de cette solution. « Il ne peut pas être raisonnable de fabriquer du carburant pour les voitures à partir de plantes devant servir à l’alimentation humaine et animale. Je me félicite que l’heure ne soit plus à l’euphorie à propos des biocarburants. Si les biocarburants entraînent un bilan environnemental négatif, on fait fausse route. Nous devrions y regarder à deux fois avant de miser sur les biocarburants de manière inconditionnelle« , a ainsi déclaré avec fracas le vice-président de la Commission européenne Günter Verheugen.

En France, le gouvernement s’est fixé des objectifs à propos de l’utilisation des carburants verts: leur production devra satisfaire 5,75% de la consommation totale de carburant en 2008, 7% en 2010, et 10% en 2015. L’Union européenne vise quant à elle les 5,75% en 2010. Cependant, en Europe, aucun biocarburant n’est compétitif face aux produits pétroliers: tandis que l’essence sans plomb coûte 0,38€ht/litre et le gazole 0,41, le biodiesel vaut 0,47€ht/litre. Le développement de cette filière suscite des interrogations, y compris chez les défenseurs de l’environnement, notamment sur la place prise par ces cultures. Pour les pays de l’UE, si l’objectif de 5,75% est atteint en 2010, 17 millions d’hectares, sur une surface agricole totale de 97 millions, seront consacrés aux biocarburants.

« Les agrocarburants, maintenant, avec leurs méthodes de production, sont un crime contre une grande partie de l’humanité« , indiquait fin avril Jean Ziegler, ex-rapporteur de l’ONU pour le droit à l’alimentation. Entre un charbon pas très écolo et des agrocarburants dont l’exploitation n’est pas totalement au point, les producteurs d’or noir semblent encore avoir encore de beaux jours devant eux avant d’être confrontés à une alternative crédible.

Publié dansEconomie